
Ainsi qu’un fin duvet, tombe, tombe la neige.
Le paysage dort sous un édredon blanc.
Les yeux perdus sur le silencieux cortège,
Je rêve doucement...Comme passe le temps !
Combien j’ai vu d’hivers, tant et tant, dont certains
Ont laissé leur empreinte dans ma chevelure…
Combien de ciels de givre, que de frileux matins,
D’étangs gelés, d’oiseaux tout tremblants de froidure…
Je me revois enfant, ma grande pèlerine
Où s’engouffrait le vent, où jouait le mistral,
Quand nous allions en bande glisser sur les roubines
Figées par la magie du sorcier hivernal…
Il me semble revoir, en regardant ma femme,
Ma mère, qui cousait au cantou en rêvant.
Son regard se perdait quelque fois dans la flamme
Qui montait, se tordait, retombait en dansant…
Je sens encor flotter les odeurs familières
Des sarments et des bûches dans l’âtre embrasés,
Les senteurs échappées, quand à la crémaillère,
Pendait le marmitoun noirci par les années…
Devant mes yeux défilent les Noëls d’autrefois,
Les gardian alignés, à la main le trident
Le pastrage, l’agneau offert à l’Enfant-Roi,
Et les chants sous la voûte montant tel un encens…
D’autres hivers viendront, je les accueillerai
D’un cœur empli de joie, même si je vieillis.
J’ai retrouvé l’amour, lié des amitiés,
Un petit ange est né, égayant notre nid.
Mais...Fini de rêver, je quitte le refuge
Que je m’étais tissé un instant en pensées.
« Vite, Papet François, allons chercher la luge ! »
Les pitchounes sont là, il faut les contenter.
Alors on s’emmitoufle, on affronte la bise,
Traînant l’engin de bois sur la poudre gelée,
Respirant l’air glacé qui me prend et me grise,
Presqu’autant que la joie de mes petites fées.