(écrit alors que j'avais précédé ma femme d'une semaine sur mon fief camarguais)
Parti de grand matin, sur la route déserte,
Profitant de l’air vif par la fenêtre ouverte,
Je fredonnais, joyeux, les vieux air du pays
Tandis que je roulais vers notre cher Midi !
Je goûtais le silence de la paix retrouvée,
A faire ce que je veux, sans que vous m’assommiez
De « Fermez la fenêtre ! Mais on gèle, boun Dièu !
Vous n’avez jamais froid, mais moi bien, moun béu ! »
« Ne roulez pas trop vite, la route n’est pas sûre !
Jamais eu d’accident ? Ah bien, ça me rassure…
Il n’est jamais trop tard…Et tout peut arriver…
Regardez devant vous...Francés, ralentissez ! »
Vous avez de la chance, vaï, que je me retienne
(Et que je veuille aussi maintenir ma moyenne !)
Car si je m’écoutais, j’arrêterais tout sec,
Et vous savez comment je vous clorais le bec !
Je vous entends déjà : « Mais je suis provençale !
Donc que je sois bavarde, la chose est bien normale.
Ce qui l’est beaucoup moins, c’est que vous papotiez…
En conduisant, en plus ! Dites, vous m'écoutez ? »
Provençale ? Peuchère, je ne le sais que trop,
Fontaine du Vaucluse qui me noyez de mots.
Comtadine remontée pire qu’un gramophone,
Que de fois j’ai prié pour qu’Il vous rende aphone !
« Regardez bien la route ! Tenez votre volant !
Quoi ! Je rouspète ? Moi ?...Prenez garde au tournant ! »
Et encore, ce n'est là qu'un pâle échantillon,
Mon amour, mon « moulin à récriminations » !
Et vous continuerez, en faisant la cuisine,
Le ménage, et le reste –caquetante galine !-
Jusqu’à ce que la nuit de vous me rende maître :
Serrée entre mes bras, vous vous tairez peut-être ?
Mais oui, vous vous tairez, à cela aucun doute :
Vous m’aimez tellement ! Aussi, quoiqu’il m’en coûte
De prononcer ces mots, je vais vous l’avouer :
Bavarde ou non, ma belle…Vous m’aurez tant manqué !