Le coeur est, nous dit-on, par essence fragile.
Il le faut protéger, il lui faut un écrin.
Pour le mien, je l'avoue, ce fut chose facile :
Puisque je l'ai posé un jour entre vos mains.
Vos mains qui l'ont reçu, il m'en souvient encore,
N'avaient pas pas -loin s'en faut- la douceur du velours.
C'était les mains de qui, de tout temps, dès l'aurore,
Accomplit son travail, sans faillir, chaque jour.

Telles qu'elles étaient, je les aimais pourtant,
Lorsque vous les posiez sur moi avec douceur.
J'en aimais chaque geste (car je vous aimais tant),
Rien que de les tenir m'était déjà bonheur.
Sous mes doigts, je sentais le souvenir des rênes
Qui en marquaient la paume, témoignant des années
Où simple gardianoun, vous parcouriez la plaine,
Que baignent les estang à l'eau verte et salée...

Vous riiez, moun amour, m'accusant de vouloir
Retarder cet instant où rudes, impérieuses,
Vos mains se poseraient sur moi, où leur pouvoir
Me ferait chavirer, consentante et heureuse.

Vos doigts secs, un peu rêches, jouaient avec les miens.
"A ce petit doigt-là, je mettrai un anneau,
Quand j'aurai demandé, ma belle, votre main..."J'y ai cru, tellement, à cet instant si beau !

Oui mais voilà...Ma main, on vous l'a refusée.
Des années ont passé, nous avons attendu...
Nous n'avions pas changé, et je vous l'ai donnée,
Cette main. Le bonheur pour nous est revenu.
Vos mains, noste baïle, je les trouve pareilles,
Elles font toujours naître l'émotion d'autrefois.
"Vous galéjez, ma belle, mes mains...elles sont vieilles !"Jamais ! Elles seront toujours jeunes pour moi.
Elles n'ont pas changé, le temps n'y a rien fait,
Hier nous est rendu, on nous donne demain,
Nous avons balayé loin de nous les regrets,
Et mon coeur est toujours là, au creux de vos mains...
