(
Voici mon testament -écrit alors que nous ne nous étions retrouvés que "de loin")
Lorsque viendra le temps de reprendre ma selle,
Pour aller chevaucher le ciel immense et bleu,
Quand la vie d'ici-bas se fera éternelle,
Je ne veux pas, ma belle, de larmes dans vos yeux.
Je sais, chato, que grande sera votre détresse.
Cherchez, pour y plonger, le regard d'un cheval :
Vous y retrouverez mon immense tendresse...
Je les ai tant aimés...Vous aussi, ma Cigale.
Ne pleurez pas pour moi, ne pleurez pas, ma belle,
Je serai près de vous, et pour l'éternité.
Déposez sur mon coeur un brin de saladelle,Es la flour di gardian...Mais ça, vous le savez.
Vous laisserez le vent emporter la poussière
Qui restera de moi, au bord du Vaccarès.
La terre de Camargue vous en sera plus chère,
Et lorsque l'heure en viendra,vous m'y rejoindrez....
DEMAIN...Que serai-je demain ? C'est la question posée,
Quand on voit derrière soi que déjà tant d'années
Sont venues et ont fui...Que serai-je demain ?
Ce demain qui m'attend...Est-il proche ou lointain?
Car quand vient le moment, ce lendemain ultime
Où on quitte la scène, où on pose la rime...
Que faut-il faire enfin, quand se sont séparés
Notre âme qui s'envole et ce corps délaissé ?
Je ne le sais pas trop...Non ! je ne savais pas.
Maintenant, c'est très clair , ce que je veux pour moi,
Ce sont ces vers reçus, il n'est pas si longtemps,
Qui me l'ont révélé, c'était un testament.
J'en suis sûre, à présent, c'est cela que je veux :
Retrouver moun pais, celui des jours heureux.
Pouvoir me reposer sous un vieil olivier,
Et regarder au ciel lis estello monter....
Retrouver moun pais...Et -je dois l'avouer-
L'ombre de qui peut-être m'y aura précédé...
Pour repartir ensemble, sans qu'on puisse à nouveau
Séparer lou gardian d'eme la cigalo...
A nos âmes donnez, Moun Dièu, cette chance :
Être enfin réunis en terre de Provence
Et arpenter sans fin, au pas de nos chivau,
Les bords du grand Estang, où chante lou mistrau....
