
A l'ombre des mots & Les Collections Éphélides La magie de la poésie |
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Cigale Petite flamme.


Nombre de messages: 127 Age: 54 Localisation: A ran de soun gardian... Date d'inscription: 25/05/2011
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 | Sujet: Amours en Camargue Jeu 26 Mai 2011 - 10:01 | |
| Pour Linda, je ressors mes "carnets". Nââânnn, c'est pas pour fayoter avec l'Administratrice, c'est parce qu'elle a écrit qu'elle avait envie de savoir. Je venais de perdre coup sur coup deux amis. Alors j'ai eu peur. Peur de ne pas avoir le temps de revoir celui que j'avais aimé autrefois. Nous nous étions retrouvés, seulement par téléphone. Il m'appelait de temps à autre. Il devait venir avec la délégation arlésienne pour l'anniversaire du jumelage de nos deux cités. Quand ma cousine m'a appelée "J'ai une très mauvaise nouvelle...." J'ai cru que mon coeur s'arrêtait. " C'est Carlos, une rupture d'anévrisme..." J'ai failli dire " Mon Dieu, merci, ce n'est pas..." C'aurait été incongru, mais je suis sûre que mon soulagement a été perceptible. Et soudain, je n'ai plus eu qu'une idée : JE VEUX LE REVOIR. Pas aux fêtes du jumelage, avec les autorités, les collègues...Non. Tout de suite. Tant que j'en ai encore le temps. Je n'ai pas réfléchi, je ne voulais pas réfléchir. Et je suis partie comme on s'enfuit... Une cure, sinon de jouvence, du moins d’air camarguais. Ce qui aurait été poétique à souhait, ce serait de pouvoir écrire « …Ils se sont retrouvés, le temps s’est arrêté et …. » Et rien du tout ! Presque 127 ans à nous deux, c’était plus que l’âge de raison. Le temps ne s'est pas arrêté, pas plus pour nous que pour les autres. Nous l’avons laissé couler au mieux. Non pas en regrets stériles, mais en goûtant pleinement le bonheur de nous revoir et en refaisant quelques pas ensemble. Tout simplement. Et même à cheval ! Mon frère a battu le rappel (remords tardifs ?), trouvé un copain routier qui couvre la région PACA. Entre le coup de téléphone de Nado et la mise à exécution de ma décision, 6 heures seulement se sont écoulées. J'ai l'aval de mon mari, que j'ai appelé en Inde où il séjourne dans sa famille "You go, I know you..." Il a confiance en moi, je préfère ça. Serais-je partie, s'il s'y était opposé ? Oui, cette fois je crois bien que oui. Non, j'en suis sûre. Rien n'aurait pu me retenir. Heureusement le problème ne se pose pas...4h du matin, je frissonne à l'embranchement de l'autoroute, le copain-routier-sympa m'embarque. Je somnole au rythme des cahots. 8H...Café dans un relais. On repart. A Vienne, le copain passe le « colis » à un autre routier. Un Français qui s’étonne de ce que mon accent fleure davantage l’aïoli que les choux de Bruxelles. "Tu vas faire quoi, en Arles?" "Voir un ami...." Il n’insiste pas. En fait, je vais à la rencontre d’un amour de jeunesse. Et remettre mes pas dans ceux qui furent les nôtres, il y a plus de 20 ans. Je m'étais juré de ne pas perdre une goutte du paysage, mais en fait, je ne vois rien. Si. François…Francés....Moun gardian...Sur son cheval....Sa façon de rejeter son chapeau en arrière....D'éclater de rire tout à coup…La mèche de cheveux qui barrait sans cesse son front....La petite cicatrice blanche sur son bras, souvenir d’une ferrade…Sa silhouette incertaine, quand il m'attendait derrière le mas...Ma mémoire tourne les pages d’un album de photos que je croyais oubliées, pour moi seule… 17h, nous voici en pais arlaten. Le petit Rhône....Les roselières....On oblique à gauche…Paysages familiers…Les clos bordés de cannisses…les grands platanes qui écrasent le chemin…La placette avec ses bancs de pierre...Enfin ! " A jeudi, 6h....Pile ! " Sans faute…. Gramaci, chevalier de la route....La fontaine crachote, le petit café n'a pas changé. Allée des Grands Devens, chemin des Cordelles...Que c'est long... La maison, avec sa porte couleur "feuilles d'olivier". Que trouverai-je derrière ? Je n'ai pas fini de frapper qu’elle s’ouvre, la porte ..."Mildiou ! Qu'est-ce que vous faites là?" A part quelques rides de plus au coin des yeux et ses cheveux devenus presque blancs, il n'a guère changé. Et la seconde d'après, je pleure lamentablement dans ses bras. La tension qui tombe d’un seul coup. « Dites donc, on dit bonjour…quand on est bien élevée….Votre Clarius Barbaroux de Papet ne vous l’a pas appris ? » Si, mais il faudrait pouvoir, et là…je ne peux pas ! "Et si vous cessiez de vider la gargoulette ?" J’arrive à protester entre deux hoquets : "Sièu pas en trin de ploura ! " "Non, vous ne pleurez pas…Mi coumplimen, c'est très bien imité..." Autrefois déjà, vous vous moquiez ainsi de moi, gardian de ma jeunesse… "Les femmes et les roubines, quand la vanne est ouverte, y'a qu'à attendre..." Il attend. Philosophe. Les femmes et les roubines, ça finit toujours par s'assécher. " Je savais que vous étiez là. Quand vous êtes descendue du carras (camion), le Garri m'a téléphoné "Dis, cassaïre, ton gibier est de retour, (on n’est pas plus gracieux, au pays, ça ne change pas !) la chato du Martial Peyrons, je jurerais bien que c'est elle..." Venant du meilleur menteur dou pais, j'ai compris tout de suite que c'était vrai : que même lui, il aurait pas pu inventer ça." Ses bras autour de moi, comme avant...Il sent toujours un peu les chivau, le tabac, l'eau de Cologne légère, comme....Comme il y a longtemps. Moun baile-gardian... Je sens ses lèvres tout doucement sur mes cheveux : "Mais arrêtez, mildiou ! que vous allez faire déborder le Rhône ! Et si vous me disiez plutôt ce qui me vaut l'honneur...Et surtout la surprise ?" Justifier ma présence semble être la moindre des choses, mais comment ?..."Francés…Ai cregna que... (j'ai eu peur)." Comme on dit, «Ce qui se conçoit bien etc etc… » mais justement, c’était l’inconcevable. Il passe un doigt sur ma joue « Peur que ce soit moi et pas lou paure Carlos ? (donc il sait, merci Nado)... Aves cregna que voste vièi gardian ague planta soun ferri ? » (1) Oui. Une peur irraisonnée de nous rater encore. Une peur qui m'a poussée à la chose la plus folle que j'aie faite depuis longtemps. Ce soir, nous dînerons de "regardelles" (2) et de souvenirs. Assis sur son vieux sofa aussi accueillant qu'inconfortable, nous avons parlé, parlé, parlé...Passant du français au provençal quand les mots nous manquent…..Si une chose est certaine, c’est bien celle-là : il garde une solide rancune au Papet !!! A mon oncle, pelot (3) ou pas, il aurait sûrement dit de se mêler de ses affaires. Avec le Papet, le respect des anciens l'en a empêché, c'était bien calculé. "Mais pourquoi vous l'avez appelé "Clarius Barbaroux"?" "Revoyez vos classiques, ma belle : l’inflexible père d'Angèle...L'honneur majuscule, mais pour l'amour...Cocagne!" Il n'était plus "le baile-gardian", il n'était plus QUE le baile-gardian. La façon qu’il a de serrer les dents dit assez à quel point il en a été blessé. Et je ne peux rien faire...Que garder sa main dans la mienne. Ou laisser ma main dans la sienne. Ce qui revient au même. 6h du matin, il fait froid, nous émergeons, étonnés de nous trouver là, nous nous sommes endormis tous les deux... " Il faudra déjeuner à ma façon, ma belle..." Traduction : saucisson d'Arles, pain plus très frais et vin rouge. Tant pis. Après, il m’emmène chez son fils. Pascal est absent, mais son épouse au prénom de fée nous accueille gentiment. Me prête des bottes et un chapeau...Adorable Maguelonne...Elle me prête aussi Chichoun, son cheval. Je retrouve les gestes pour harnacher, décidément, c’est vrai, ça ne se perd pas. L’émotion me monte quand, dans la stalle voisine, je l’entends chantonner « Bouto sello, bouto sello…Bouto sello a moun chivau …» (4) : jamais pu s’empêcher de fredonner ce chant calendal (5) à chaque fois qu’il harnache ! En selle ! "Tout le bonheur du monde est sur le dos d'un cheval..." Bonheur de sentir sous moi ce petit cheval au pied sûr...Bonheur de s'enfoncer dans les sentiers entre les roselières, de sentir le vent qui apporte une odeur de salines...Bonheur de le voir mener son Boumian comme s'il triait la bouvine....Bonheur de chevaucher si près que nos bottes se touchent...Et même bonheur de l’entendre me dire (en dérangeant mon chapeau d’une claque amicale mais bien lancée) « Lou chivau se sent bien avec vous…Vous respectez la bouche…Pas mal…A votre âge… » Disès, marrias (méchant) ! Je suis peut-être plus une jeunesse, mais je tiens encore en selle et j’ai la bride légère (plus que vous la main !) ! Promenade vers le Grand Estang...C'est encore plus beau que dans mon souvenir. On met pied à terre. Les chivau ne bronchent pas. Il ôte son chapeau, le porte au coeur selon la tradition...et m'embrasse à pleine bouche. " Voilà ! C'est ici que nos amours ont commencé et c'est ici qu'elles finissent : de la même manière !" Ses lèvres sur les miennes n'ont jeté aucun trouble entre nous, seulement un immense soulagement à nouveau. Il a raison, de nous deux, c'est bien lui le plus jeune. "Vous ne changez pas ..." "Si j’avais changé, vous n’auriez pas eu envie de revenir…" Oh si, je l'ai souhaité si souvent.... On se remet en selle et on pique un assez joli galop. "Vous n'avez plus peur que je tombe de cheval?"** J'ai eu peur davantage de quelque chose d’un peu plus définitif. Il éclate de rire : " Vous n'allez pas recommencer ? Nous sommes bien vivants tous les deux....Nous sommes ensemble, à cheval...L’air est frais, li chivau sont chauds… (il cligne de l’œil)… Moi aussi…Alors, assurez votre chapeau et...Dau dau… ! " (6) Son Boumian part comme une flèche. Je lance Chichoun dans son sillage, comme autrefois. Comme si nous n'avions pas derrière nous 20 ans de silence. Je restitue Chichoun (au revoir, moun chivau, gramaci d'être si gentil) à Maguelonne, qui nous invite à déjeuner. Pas le temps, nous partons (en voiture, cette fois) pour les Saintes, roumavage (7) au tombèu dou Marquès, le Marquis de Baroncelli, fondateur de la Nacioun Gardiano. La dernière fois que nous nous y sommes trouvés ensemble, c'était lors du départ de Robert Rigal*** pour le Cap Nord, avec son Moussu Salinié, Fakir et Mistral. C'était en...Mon Dieu, le 1er janvier...1988 ! Derrière moi, l'ombre du Papet, à cheval, avec le Capitani Aubanel dont j'entends encore la voix "Gramaci per lou chivau Camargo...Gramaci per noste pais...Es un ome coume n'i a gaire..."(§) et surtout "Gardian se dèu de pas ploura" (9) devant l'émotion de Robert au moment de se mettre en selle. Mais moi, je ne suis pas un gardian...Et la troisième ombre n'en est pas une. Je pose ma main sur sa manche " Mais cessez, mildiou ! Je ne suis pas encore mort, moi, ma belle !" Ca y est, la vanne de la roubine cède à nouveau...Il me serre doucement contre lui " Vous avez donc eu tellement peur pour moi? Vous y tenez encore tellement, à votre vieux gardian?" Oui, au point de faire 900 km pour le lui dire…A ma manière. « Lou pènsas bèn, fada ! sinon je serais restée chez moi à attendre votre faire-part ! » Il n'y a guère qu'un homme pour poser ce genre de questions ! A moins que ce soit précisément pour entendre ce qu’il avait envie d’entendre…. Il éclate de rire, une nouvelle claque cueille par surprise mon chapeau qui s’envole «Hé bé…Là, je vous retrouve tout à fait ! Je vous préfère comme ça…Renaïrello ! (râleuse) » Vous voilà content, moi non plus, je ne change pas ! Il faudrait songer à dîner. On reste aux Saintes, comme ça le Garri et consorts en seront pour leurs frais. S’il nous a dressé le couvert, il peut toujours attendre. La daube est délicieuse, et le vin de sable a le goût du passé. Ensuite retour au bercail.... "A permenado, chato ?" Nous promener, oui, nous avons le temps. Pas beaucoup, mais nous en avons. Et cette fois, pas besoin de m'enfuir du mas par la fenêtre pour le retrouver. Nous descendons le chemin, il passe son bras autour de mes épaules et nous marchons en silence jusqu'au bout des Cordelles, puis nous rentrons. "Je n'ai pas de chambre d'amis et je vous préviens tout de suite, ma belle, je ne coucherai pas par terre : plus de mon âge ! Nous devrons bien partager l'espace…Comme au temps des chevaliers, je mettrai mon fer entre nous....Mes regrets, mais c'est tout ce que j'ai." Il n'a pas placé son trident entre nous. Je me suis allongée tout habillée, lui de même, il a passé son bras autour de mes épaules et s'est endormi. Moi pas. J'ai écouté son souffle me redire qu'il n'était pas trop tard cette fois, qu'il était vivant. Vivant. 3h du matin. Debout. A 6h, le routier sera là pour me récupérer. Et nous avons encore tant à nous dire. Il revient avec deux tasses " Mon café est toujours infâme…Mais au moins il est chaud !" Nous nous asseyons de nouveau, son bras autour de moi, ma main dans la sienne. Je suis fatiguée, ma tête roule sur son épaule...Il rit « Ne me tentez pas...Ca flambe vite, les souvenirs tout secs... Je serais encore obligé de vous faire pleurer pour les éteindre ! Et puis, vaï...Laissez-moi ma dernière petite gloire : en selle, je porte encore beau !…D’ailleurs, si vous étiez gentille, vous me diriez « et même très beau »…Pas envie de perdre le peu de prestige qui me reste : vous emporterez de moi l'image d'un centaure, ma belle ! " L'humour lui tient toujours lieu d'émotion. Le temps passe trop vite subitement. Je rafle mon sac…Nous descendons le chemin des Cordelles qui cette fois me semble si court. Au dernier tournant, il s'arrête : " Vous le connaissez trop, votre vieux rufièn… J'ai dit que je ne vous embrasserai plus. Plus sans permission. Mais si vous me la donnez...une dernière fois..." Je vais partir, je ne risque pas grand-chose ..."Si vous voulez..." Il ôte son chapeau, passe la main derrière son dos, applique son chapeau sur son coeur, s'incline...Je ferme les yeux, il pose longuement ses lèvres...sur ma joue. Puis il feint d'être vexé " Qu'avez-vous cru? Je suis un homme d'honneur, Madame, j'ai demandé à vous embrasser mais je n'ai pas précisé où ! » Il remet son bras sur mes épaules "Voila, vous êtes rassurée ? Je suis bien vivant et je ne change pas !". Puis tout à trac, "Oh et puis...Cocagne ! Té, vous l'aurez voulu !" Et il pose ses lèvres sur les miennes. Et oui, je lui réponds. Et non, je n'en ai aucun regret. Je n'en aurai plus, je suis soulagée au-delà du possible, je garde mon amour d'hier dans un coin de mon coeur . Il fera de même. Mais la tendresse, l'affection seront toujours là " Je serai votre ami, un peu amoureux, pas trop sage, je ne l'ai jamais été...Ce n'est pas maintenant que je vais commencer !"Le camion arrive, nous nous embrassons une dernière fois. Bientôt, il n'est plus qu'une petite silhouette qui agite un grand chapeau. Adessias, moun gardian de jouvènt…. (gardian de ma jeunesse) Maintenant, j’attendrai sereinement le jumelage. Je l'ai revu et cette fois, c'est moi qui ai décidé. Nous avons changé tous les deux en 20 ans, le temps nous est passé dessus mais c’est sans importance. Parce que nos coeurs, eux, n’ont pas changé. Et dans mon sac, je serre doucement son vieux séden, (10) qu’il y a glissé….. 1) « Vous avez eu peur que votre vieux gardian ait planté son fer » (sous-entendu : au bord de la tombe) 2) « dîner de regardelles », c’est se passer de manger. 3) patron 4) « Mets la selle, ….à mon cheval » 5) de Noël. C'est ce chant qu'il fredonne sans cesse : http://www.guybonnet.com/jambe.swf 6) « En avant » « Courage », formule d’encouragement. 7) pèlerinage §) « Merci pour nos chevaux Camargue…Merci pour notre pays (la Camargue)…Tu es un homme comme il n’y en a guère… » 9) « Un gardian ne doit pas pleurer. » 10) Le séden, c’est la corde en crins pour attacher les chivau. **C'est suite à une chute de cheval (sans gravité) qu'il s'était aperçu que j'éprouvais des sentiments pour lui. Au milieu des autres, j'étais (dixit) devenue blanche comme un linge, beaucoup plus que ne le nécessitait la situation. D'où l'allusion... ***Robert Rigal est un gardian qui a réussi l’exploit de relier la Camargue au Cap Nord, avec Moussu (Mr) Salinié, son cheval de tête, et deux chevaux de bâts menés en dextre, Fakir et Mistral. Un homme exceptionnel et un grand gardian...Qui hélas nous a quitté trop tôt.
Dernière édition par Cigale le Mar 19 Juil 2011 - 23:55, édité 3 fois |
|  | | Melany Flamme du forum.


Nombre de messages: 13731 Date d'inscription: 21/04/2008
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Ven 27 Mai 2011 - 6:12 | |
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|  | | GARDIAN Flamme du forum.


Nombre de messages: 852 Age: 78 Localisation: Près d'une cigale Date d'inscription: 24/05/2011
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Ven 27 Mai 2011 - 6:41 | |
| Mais il faut le faire, gentille Melany , il faut venir! D'abord c'est un beau pays et on est très accueillant. "Quand il en vient à douter du monde qu'il a créé, le bon Dieu se souvient qu'il a créé la Provence", à dit le grand Mistral. | Spoiler: | | | La petite belle-fille, derrière son bon ami, et entre eux...un biou !
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|  | | Melany Flamme du forum.


Nombre de messages: 13731 Date d'inscription: 21/04/2008
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Ven 27 Mai 2011 - 7:05 | |
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|  | | Cigale Petite flamme.


Nombre de messages: 127 Age: 54 Localisation: A ran de soun gardian... Date d'inscription: 25/05/2011
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Ven 27 Mai 2011 - 23:16 | |
| La suite de mon escapade camarguaise, ça a été les fêtes du jumelage. 3 longues journées. D'autant plus difficiles à vivre que je savais déjà que mon mari voulait s'en aller (il a voulu retourner en Inde, même s'il savait que je ne le suivrais pas) mais que j'avais promis de tenir mon rôle d'épouse jusqu'au bout alors que notre mariage sikh était déjà annulé (prestige oblige). Je l'ai tenu.
VENDREDI
Nous y voilà ! On célèbre les fêtes du 45ème anniversaire du Jumelage avec Arles, avec tout le faste requis…et le peu de moyens qu’on nous a laissé ! Donc exit les courses camarguaises (trop coûteuses) et on se contentera d’un défilé ….Grandeur et décadence. Passons !
On a pavoisé aux couleurs d’Arles (bleu et or), on attend lis amico arlatenco à la sortie de l’autoroute. Enfin…les autres, les officiels, les « huiles », parce que moi, je me suis prudemment retranchée loin de l’exaltation populaire. Traduction : je suis allée directement au manège où on installera li chivau. J’attendrai plus longtemps, mais au moins je serai tranquille. Le Colonel est là, curieux de voir 1) ce que c’est qu’un gardian 2) celui pour qui mon cœur a battu si fort, au point de faire 900km pour le revoir 3) les chevaux. Justement, les voilà, lis Arlaten ! On débarque li chivau, je ne peux m’empêcher « de donner la main » pour ce faire. Règle n°1 : ne pas avoir l’air de chercher désespérément…celui qui me tape justement sur l’épaule (aïe ! Toujours votre exquise délicatesse !) « Coume vau, ma bello ? » Francés ! Ca allait mieux avant que vous m’esquintiez les os, marrias ! Mais que c’est bon de vous voir ! Nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Puis je fais les présentations avec mon mari. La poignée de main entre ces deux-là…Eh bien elle est franche, virile…et plutôt amicale, mais oui. On installe li chivau, j’embrasse le museau tout doux de Boumian (quelle joie de te retrouver, mon beau). Et quand je rejoins ces messieurs, je m’aperçois que non seulement le courant passe très bien, mais qu’ils pourront se passer de traductrice. « Depuis quand vous vous débrouillez en anglais, vous ? » « Depuis qu’on est envahi par ce qu’on appelle « les touristes »…Jamais entendu parler de cette nouvelle race de sauterelles, ma belle ? » Si… Il m’étonnera toujours.
On redescend en ville pour la partie « officielle », les discours, les grandes démonstrations d’amitié, les échanges de cadeaux. Une collègue me glisse ironiquement (forcément, ce n’est pas le plus jeune) « Tu as le ticket avec le type, là, il n’arrête pas de te regarder… » Si elle savait ! Il est manifeste que Francés préférerait être avec le Colonel et moi que de rester figé, le fer à la main, près de la tribune d’honneur. Enfin, les mondanités prennent fin, il nous rejoint « Mildiou ! M’ensuquèn à repepia… » (ils m’agacent à radoter) Moi aussi, ils m’agacent avec leurs discours à rallonges. Moun gardian ! Quel bonheur de le voir là ! Par courtoisie envers mon mari, nous essayons de ne pas trop parler provençal, mais ça nous échappe souvent. Au vin d’honneur officiel, nous préférons un rosé de Provence que nous allons prendre à une terrasse de la place. Seuls et tranquillou…Encore que tout est relatif : avec un Sikh barbu, moustachu et enturbanné et un gardian ben estigança (bien ajusté) et le trident à la main, on ne passe pas vraiment inaperçu !
Nous retournons à la maison, histoire de nous rafraîchir et il faut déjà redescendre. Repas festif offert par la Ville à nos visiteurs. On nous a séparés à table, mais Francés s’arrange pour faire comprendre à celui qui occupe la place près de moi « qu’il serait beaucoup mieux ailleurs ». Il a toujours été très persuasif. Nous voilà donc tous les trois, à nouveau. Après les agapes et les démonstrations culturelles ( La "Coupo Santo », notre Barcarolle locale...), place à la détente et à la danse. Et c’est là que ça se gâte…
Dans la délégation, il y a Amoretti, celui qui m’avait vue arriver quand je suis redescendue au pais. Et celui-là, c’est le roi des marque-mal ! Il profite de ce que je traverse la salle avec Francés pour lui lancer « Oh Cassaïre ! Te troumpas maï de gibiè ! Es a la man ! » ! (Hé chasseur…Tu te trompes encore de gibier, elle est « en main ») Francés se fige imperceptiblement mais ne répond pas. Peu après, alors que mon mari passe à proximité, l’autre fait remarquer « que ce n’est pas lui qui laisserait sa femme passer deux nuits avec lou pistachié dou vilage (coureur, paillard...Encore qu'elle risquerait pas grand chose, la mère Amoretti !) ...Mais bon, chacun son affaire ! » Francés s’est contenu et mon mari n’a pas compris. Mais moi bien.
Et mon sang méridional ne fait qu’un tour. Miladiou ! Comme aurait dit le Papet. Je fonce sur l’insultaïre. « Mr Amoretti…Vous me faites danser ? » Il cligne de l’œil aux autres, me prend par la taille et m’emmène sur la piste. Très content de lui. Mais ça ne dure pas…Parce qu’à peine en piste, je lui dis avec un sourire enjôleur « Ecoute-moi bien, garri (rat, j’appuie bien sur les deux r, qu’il saisisse bien l’intention)…D’abord tu insultes Francés, que s’il n’a pas vécu comme un capelan (curé), c’est bien son droit…Mais quant à le traiter de pistachié dou vilage, tu envoies le bouchon trop loin ! Ensuite, tu traites mon mari de cocu complaisant. Il n’a pas compris, mais c’est pas une excuse…Moi, suite logique, tu me traites de cagole. Francés aimerait bien t’épingler avec son fer comme une vilaine bestiasse, mais il respecte trop son trident pour le faire. Mon mari se ferait un plaisir de s’occuper de toi, que ta femme te reconnaîtrait pas au retour…Mais là, c’est à moi que ça ferait peine qu’il se salisse les mains. Francés noun se troumpa de gibiè, c’est toi qui te trompes de cible ! Il y a une chose que tu dis tellement souvent que tu en oublies ce que ça signifie… » Une lueur d’incompréhension passe dans son œil « …C’est quand tu m’appelles la chato de Martial Peyrons. Tu as assez connu moun Papet pour ne jamais avoir risqué de venir lui souffler sur les moustaches. Moi, j’ai pas ses moustaches, mais j’ai son caractère ! Et moi, mon arme, j’ai pas peur de la salir avec toi ! » Je profite de ce que la danse se termine pour avancer droit sur lui…Et je lui plante mon talon (bien pointu) dans l’espadrille, de tout mon poids. Il devient blanc, puis vert. Eh oui, ça fait mal ! Il clopine jusqu’à sa chaise, poursuivi par mon « Gramaci...Mr Amoretti ! », amical comme pas possible. Ca, garri, ça va te faire passer le goût de la farandole pour un moment !
Francés me harponne alors que je rejoins le Colonel « Vaï, diablasso ! Qu’est-ce que vous lui avez fait, à ce toti (imbécile) ? Qu’il a l’air d’avoir vu la Tarasque ? » « C’est rien…Il avait les pieds un peu au chaud…alors, je lui ai troué l’espadrille, histoire de le rafraîchir ! ». Il éclate de rire. Le temps que j’aille échanger quelques mots avec des collègues, j’entends le rire de mon mari qui se joint au sien. Apparemment, Francés l’a mis au courant. Ils s’esclaffent tous les deux. Je demande à Francés ce que le Colonel lui a dit : « Il a répondu : « Ca, c’est bien elle ! » puis il ajoute « Vé, peut-être que je l’ai échappé belle, finalement ! » Vous le voyez bien, moun gardian : je ne change pas, moi non plus....
SAMEDI
Quartier libre le matin, on monte rejoindre les cavaliers pour s’occuper des chevaux. Le Colonel adore les chevaux, il est aux anges. Francés profite de ce que j’étrille Boumian pour venir me glisser « Vous savez de quoi j’ai envie, là, maintenant ? » Boudiiiiii…..Vous connaissant, j’ai bien une idée…mais j’espère que je me trompe. Il me rit au nez « Mildiou ! Ce que vous avez l’esprit mal tourné ! Je voudrais que vous me montriez les environs. A cheval… » Le Colonel est d’accord, il voudrait bien nous accompagner, mais avec son genou, ce n’est pas prudent. Tiens, il sait monter ? Eh bien oui, il sait : lui aussi, il m’étonnera toujours. « Ecoutez, vous allez prendre mon Boumian, je suis sûr de lui. Moi, je prendrai un autre chivau… » Il se retourne « Oh Amoretti ! Je t’emprunte lou chivau ! Pour une fois qu’il saura ce que c’est un vrai cavalier ! » L’autre accepte avec un sourire contraint et un regard vers moi qui dit clairement qu’il n’a pas goûté la plaisanterie d’hier. Mais il l'a cherché : "Se i’èro pas ana, lou biòu l’aurié pas embana" (s'il n'y était pas allé, le taureau ne l'aurait pas encorné !) Nous harnachons (« Bouto sello, bouto sello… », il remet ça) et nous partons. Il fait beau, on pourrait se croire au pais, n’était la végétation. Nous profitons d’un coupe-feu pour lancer li chivau au galop. Daut daut, moun gardian ! « Dounes la mano ! » (donnez-moi la main) Nous galopons côte à côte, menant d’une main et nous tenant l’autre. Ca fait bien longtemps que nous n’avons pas pratiqué cet exercice, mais ça non plus ça ne se perd pas. On rentre au manège, on bouchonne et j’entends Francés complimenter le propriétaire de Cali : « Un chivau exceptionnel, que tu as là, Amoretti…Ex-cep-tion-nel !… » L’autre se rengorge. Pas longtemps. Parce que Francés ajoute « …Que même d’être monté par un toti de ton espèce, ça n’a pas réussi à le gâter ! » Et toc ! La suite ne se fait pas attendre : « Tu vois, que même une belle fille comme ta Cali, plutôt qu’un palot (lourdaud) comme toi, elle préfère les délicates attentions dou pistachié dou vilage ! » Tè ! mete acò dins ta pocho em’ un moucadou dessus ! (mets ça dans ta poche et un mouchoir par)dessus). Je me régale ! Si nous n’étions pas si bien entourés, je lui sauterais au cou !
Après-midi, c’est défilé en ville, avec les fanfares, les tambourinaïre, les groupes de danse etc…Rendez-vous derrière l’Hôtel de Ville. Tous les groupes se forment, li gardian prennent leurs Arlésiennes en croupe. Un mouvement de foule autour de moi…Je me trouve nez à nez avec Boumian « Allez, zou ! Vous montez avec moi, ma belle ! » Ca ne va pas, non ? Mais il n’en démord pas… Les autres rigolent et, sentant la bonne blague, ils insistent…Je me retrouve assise derrière lui, en costume typique pendjabi. Pour la couleur locale, on repassera. Je m’accroche comme je peux « Je vous préviens, si vous me pincez, je vous débarque à la cabrado ! » (en faisant cabrer) Vous en seriez bien capable !
Le Colonel ricane sous ses moustaches. Je ne veux même pas savoir de quoi j’ai l’air !!! Mais finalement, je retrouve mon assiette et ça se passe assez bien. Encore que d’aucuns se demandent ce que fait cette bayadère derrière un gardian camarguais ! Ca m’est égal, je suis avec lui, le prétexte est bon et je ne vais pas bouder le plaisir du moment. Lui non plus apparemment, qui fait un peu « danser » son Boumian, je m’accroche à sa veste in extremis. « Dites donc, n’en profitez pas, hein, je suis un honnête homme mais…Je ne suis pas de bois ! » Et qui c’est qui fait danser la sardane à son cheval, marrias ? « Je vous avais prévenue au pais : un ami...amoureux…Pas trop sage...Et qui tient les rênes, s’il faut vous le rappeler ? » Il rit : « Ne vous inquiétez pas, ma belle…J’en fais juste assez pour que vous me serriez de près...Pas pour que vous m’esquichiez (écrasiez) comme un anchois ! » Continuez, et c’est pourtant ce qui va arriver…. « Bon, j’agrippe votre troussaquin (le rebord de sa selle), comme ça je serai bien assurée et je n’écraserai rien du tout…Et surtout pas vous ! » Il se tourne à demi (ce qui a pour effet de me faire glisser dangereusement) : « Mildiou ! Si vous faites ça…Je fais envoyer une reguignado (ruade) que vous débarquerez en marche ! » Courageuse mais pas téméraire, je continue donc à le tenir par la taille, serré juste ce qu’il faut (et peut-être même un peu plus, prudence oblige). Soyons honnête, il est des situations plus désagréables… Dommage que la ville soit si petite, tiens… Nous revenons au point de départ. Egal à lui-même, il m’aide à mettre pied à terre en claironnant avec son admirable mauvaise foi « Boun Dièu ! Pas fâché de vous descendre de là…Que vous me colliez comme une arapedo ! » (comme une patelle, coquillage particulièrement…attachant) Gramaci per l’arapedo, on n'est pas plus gracieux !
Ce soir, les Arlésiens dînent chez leurs logeurs. Donc Francés dîne avec nous. Occasion de lui faire goûter la cuisine indienne. « Boun Dièu ! Reviha un mort ! » Et pourtant, j’ai eu la main légère dans les épices…Ensuite, ces messieurs discutent et me font fort civilement comprendre que je ne suis pas la bienvenue dans la conversation. Et pour cause : mérites comparés du fèrri (trident) et du kirpan (sabre sikh), sujet typiquement masculin….Comme le croisement du contenu de leur verre : Francés a droit au sacro-saint whisky réservé du Colonel et celui-ci découvre le pastis avec un certain intérêt (même un intérêt certain, dirais-je…). Militaire + gardian, ça donne deux misogynes. J'ai compris : amusez-vous bien et à moi la vaisselle....
DIMANCHE
Aujourd’hui, excursion dans les environs, organisée par le Comité de Jumelage. Quand on vient le chercher, Francés décline l’invitation, il se sent un peu fatigué, pour une fois il prétexte son âge. Mine navrée des comitards, mais non, vraiment, sans façons…. « Je ne suis pas venu les voir, eux, je voulais vous voir, vous. » J’avais bien compris. « Et il est où, votre militaire de mari ? » Ben…au gurudwara (temple sikh), de grand matin, comme chaque dimanche. « Mildiou ! J’aurais mieux fait de partir avec les autres… » Ah ? vous disiez à l’instant… « Ne vous faites pas plus becasso que vous n'êtes (gramaci per la becasso !) … D’ailleurs, vous ne l’êtes pas . Nous voilà seuls, on le sait et c’est pas la peine de faire dégoiser les Amoretti et autres malgracieux … Votre mari est un brave type et ça me désobligerait qu’on pense à mal…Ouvrez les parpelles, mildiou ! Je vous aime toujours... Et vous aussi, vous en avez autant à mon usage ! Encore que vous, vous voudrez jamais l'avouer, testardo comme vous l'êtes. Mai sièu pas nascu sus la piboulo ! ( mais je suis pas né d'hier)....Nous raconter que nos sentiments ont évolué et sont différents, un peu, peut-être...mais pas gaïre et pas nécessairement dans le sens qu'on croit ! Le prétexte de mon âge aussi, il ne faut pas trop en user...Surtout avec ceux qui me connaissent. Nous avons trop de réactions pareilles…Nous sommes trop complices pour paraître innocents, même si nous le sommes encore…Nous pouvons déjà difficilement faire illusion aux autres…alors encore moins à nous-mêmes …et surtout pas seul à seule ! » Il n’a pas tort… Nous avons tant de choses qui nous lient, nous sommes encore si proches, nous nous prenons trop facilement la main, l’un commence une phrase et l’autre la termine…Trop complices, c'est vrai…Trop testardo (entêtée) pour avouer que je vous aime encore...A vous, peut-être, moun gardian (et pourtant je le voudrais tant, jamais il ne m'a été si pénible de me taire)...mais pas à moi-même !
« Je vous prendrais dans mes bras, là, maintenant, que vous ne mettriez guère de temps à vous y laisser aller…Je le sais et vous le savez aussi… » (justement, je préfère ne pas essayer !) « Seulement ma petite fierté, c’est que j’ai peut-être été toujours un peu pistachié, mais jamais un saligaud et c'est pas avec vous que je vais commencer : nous valons mieux que ça. Votre mari aussi. Alors, je vais essayer de rattraper les autres… »
Trop tard. C’est certain. Le car est parti. Solution de rechange : li chivau…Cap sur le manège. Nous n’y serons pas seuls. Rien de tel qu’une bonne promenade pour se remettre les idées en place. Il fait beau, les sous-bois sont frais, on se réveille les souvenirs et surtout on fait place nette des pensées inutiles. Un bon galop, ça vous balaye les arrière-pensées…. Les idées un peu plus claires, nous allons retrouver mon mari, rentré entre-temps.
Le soir, de nouveau repas offert cette fois par le Comité de Jumelage aux Arlésiens et aux logeurs. L’apéritif est plutôt animé, on se raconte l’excursion du jour…Et c’est là que Francés se taille un joli succès. Et il ne galèje même pas : rien que la franche vérité ! Il commence sur le ton de la confidence-mais-que-tout-le-monde-en-profite : «Entre hommes, comme ça… Eh bé…Que je regrette pas de vous avoir semés aujourd’hui ! J’ai passé une de ces journées ! Le chat parti, les souris dansent, ça on le sait…. J’ai eu la chance que le chat soit parti, j’allais pas rater l’occasion…Qui fait le larron…. » Le groupe se resserre, alléché. Et les oreilles d’Amoretti prennent soudain de l’ampleur.
« Figurez-vous…Elle m’espérait (attendait), je m’en doutais un peu. Ca n'a pas traîné pour la rejoindre, vous pensez ! Je n'attendais que ça, d'y revenir...Parce qu'une comme ça, quand on y a goûté...Ah malheur !....Et si en plus on s’est déjà connus un peu avant, c’est pas la peine d’y aller par quatre chemins….J’avais à peine posé la main sur elle, touto brouziho (toute frémissante) que je la sentais, je la tenais… Et daut daut ! Coume un gardian ! » L’Amoretti est rouge brique, il n’en perd pas une goutte, mine de rien.
« Je vous raconte pas tout, parce que je suis cachous (discret), mais quand elles en veulent comme ça, c’est sûr qu’elles ne trouvent pas leur compte avec leur légitime propriétaire….Et celle-là, faut pas être bien malin pour voir que c’est le cas…Le sien ne sait pas y faire. Parce qu’elle en voulait ! Privée depuis trop longtemps…Et je lui ai donné précisément ce qu’elle voulait : lui brider l'impatience, savoir la retenir, un peu, pas trop, l’avoir juste à ma main…puis une fois qu’elle a été lancée, ah pécaïre ! Vous auriez vu ça ! Un feu d’artifices ! Que je ne me rappelle pas avoir encore jamais connu ça avant…Et pourtant, vous le savez que j’en ai monté plus d’une…. » Je m’inquiète presque : l’apoplexie guette dangereusement Amoretti.
Et c’est là que Francés envoie « le bouquet final » : « Avec moi, elle aura su ce que c’est qu’un cavalier ! Un vrai…..Pas un gardianoun d'opérette marseillaise ! Oh Amoretti ? Tu les as pas senti te pousser sous le chapeau, li bano (les cornes), cet après-midi pendant que je montais ta Cali ? Plus jamais elle va se laisser aganta (attraper) per un maùfaras (maladroit) de ton espèce, après ce qu’elle a connu avec moi ! Provo que per uno bello poulino es tant senso, li fau pas un chicoun....Li fau un cavalié…Li fau lou pistachié dou vilage ! » (preuve que pour une belle pouliche tellement en manque, il ne lui faut pas un minable...Il lui faut un cavalier ....Il lui faut le « cavaleur » du village).
Le conclave s’esclaffe sans retenue, Amoretti nous hait manifestement et Francés savoure son succès (mérité) autant que sa Clairette de Bellegarde. Pour un peu, on lui jouerait les honneurs comme dans les arènes. Je ne peux m’empêcher de le faire remarquer, ajoutant que ce serait normal, «vu qu’il vient de raseter à cornes non emboulées et bien aiguisées » (puisques neuves !)». Nouvel éclat de rire du conclave. Et mon mari en profite pour jouer les « Candide ». « Pas parler bien français…Mais si bien compris… Monsieur dit…Vous, cocu ? ». Ca c’est la meilleure, la victoire est totale ! Toute la délégation pleure de rire, et les nôtres en font autant après traduction. A gaire qu'Amoretti que se dèu de pas rire ! M’est avis qu’ils s‘en souviendront, les Arlésiens, des fêtes du Jumelage !
LUNDI
C’est déjà fini…ce matin, on rembarque li chivau, les Arlésiens font leurs bagages, on se dit au revoir, à la prochaine (ce sera en Arles, bientôt). Francés et mon mari se serrent franchement la main. Il m’embrasse en me serrant un peu plus fort que nécessaire « Aves quaucarèn sus lou cor. (vous avez quelque chose sur le coeur) Et ça me fait peine de vous laisser sans savoir ce que c'est...(à moi aussi, mais je ne peux pas vous le dire)...Promettez de revenir au pais : vous me direz ce qui vous boulègue. Je vous espère…. » Oui, je reviendrai. Déjà, toute la délégation monte en voiture…Un dernier signe de la main….Ils sont partis.
Je peux filer à mon bureau....Je n'y suis pas d'un quart d’heure qu’un de mes collègues lance, rigolard : « Dis donc, le cow-boy, je parie que c’est pour toi ! » Cow-boy ?…Non, gardian ! « Miladiou ! (pour une fois, c’est à moi qu’échappe le juron cher au Papet)…Qu’est-ce que vous f…aites là ? » « Oublié de vous dire une chose… » Je le fais passer dans le sas où nous rangeons les dossiers « Alors ? » « Alors…les adieux collectifs, c’est très bien, mais ça ne me convient pas… Embrassez-moi, avant que je parte ! » Hein ? « Ecoutez : ou vous m’embrassez et je m’en vais…Ou je vous attrape avec mon séden, je vous traîne dans le hall et je vous embrasse, moi…davans li gènt ! » Pas de risques inutiles, il en est bien capable ! Je l’embrasse, comme la dernière fois, au bout du chemin des Cordelles. Il semble que ce baiser de dernière minute devienne notre « madeleine de Proust » à tous les deux. Encore que son goût de passé soit étrangement…présent ! Amoureux…Pas trop sage…Oui, il m’avait prévenue « Cette fois, adessias, ma belle ! Mais je n’aurais pas voulu que vous sous-estimiez votre vieux gardian…Réputation de pistachié à tenir…Et j’y tiens ! Ne vous en faites pas, au pais je serai sage…Des fois que vous auriez peur de me revenir… » Non, moun gardian, je n’aurai jamais peur de vous. Et oui, l’espère (attente) commence. De nouveau. Mai souleto....(mais seule).
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|  | | Melany Flamme du forum.


Nombre de messages: 13731 Date d'inscription: 21/04/2008
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Sam 28 Mai 2011 - 0:54 | |
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|  | | Enalynne Flamme du forum.


Nombre de messages: 1313 Age: 49 Localisation: Dans le coeur de l'Amour Date d'inscription: 25/03/2010
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Sam 28 Mai 2011 - 2:44 | |
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|  | | Cigale Petite flamme.


Nombre de messages: 127 Age: 54 Localisation: A ran de soun gardian... Date d'inscription: 25/05/2011
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Dim 29 Mai 2011 - 7:39 | |
| 1er JOUR
Il est arrivé, le moment où nous rendons la politesse aux Arlésiens. Nous avons à peine démarré que je sens mon coeur chantonner "Quand je quitte la capitale, pour retourner vers mon Midi, par une émotion sans égale, toutes les fois je me sens pris...Et quand le train s’approche d’Arles…En arrivant près d'Avignon...Le moindre petit coin me parle..." http://gauterdo.com/ref/cc/c.est.un.refrain.de.provence.html Les bla-bla de mes compagnons de voyage n'arrivent pas à me détourner de mes pensées, on m'interpelle, j'ai sûrement répondu "Oui, oui..." quand j'aurais dû dire "Non, non..." Tant pis ! Laissez-moi tranquille avec moi-même, je ne vais pas faire joyeusement la fête au nom de l'amitié qui unit nos cités, je retourne chez moi, vers mes souvenirs et vers mon présent. Reprendre le fil d'une histoire.....De notre histoire. D’un amour…. De notre amour. Voir ce qui en reste, ce qui peut en être sauvé.... Pour qu'on m'oublie un peu, je feins de dormir...Le Président du Comité de Jumelage (un ami de toujours) ne me reconnaît pas et même me demande si je suis malade : que j'arrive à me taire (il emploie une autre formule, un peu plus percutante) aussi longtemps relève de l'exploit ou alors, je suis vraiment mal. Je vais très bien, merci ! Mais comme on semble vouloir à tout prix que je me sente mal, j'acquiesce, accepte un peu d'eau de menthe sur du sucre et je ferme les yeux...Les kilomètres s'additionnent sans que je les rouvre. Non, je n’ai pas faim…Oui, je me passe très bien de faire la causette…Pourvu que je me sente mieux à l’arrivée ?… Mais ça, j’en suis sûre !
Arles, enfin ! Le Comité arlésien nous reçoit à bras ouverts, comme toujours, nous avons même droit à la Reine d'Arles aux côtés de Mr le Maire. Nous sommes bons pour les discours....On nous attribue chacun à nos logeurs. Sauf moi. Version officielle : je logerai chez mes cousins (m'attendront longtemps, ceux-là !). Version officieuse (que je garde pour moi) : je vais prendre le car et dans pas longtemps, je remonterai le chemin des Cordelles. Seulement, ils sont dix à se proposer "Mais non, on va vous conduire..." Mais f...ichez-moi la paix, miladiou ! (comme aurait dit le Papet). Le car, c'est très bien...Ca me rappellera le joli temps où j'allais (toute seule) au Conservatoire. Non, merci...Je m'en vais. C'est cela, on se reverra plus tard... Adessias !
J'espère le carri depuis un moment quand une voiture s'arrête devant moi "Si vous voulez profiter, ma belle ?" Francés ? ! "Comment êtes-vous là ?" "Je savais à quelle heure vous arriviez…Mais les embrassades communes, ce n’est pas pour moi, vous le savez bien, donc je suis resté à distance...et me voilà !" J'embarque et en route. Comme toujours, il faut qu'il plaisante "Vous savez ce qui me déplaît avec la voiture, contrairement au chivau ? C'est qu'ici, vous êtes assurée par la ceinture, pas la peine de vous accrocher à moi ! Remarquez...Si le coeur vous en dit...?" Je ne sais pas ce que mon cœur en dit, mais ma main se pose sur sa manche, et elle y reste….
"Pour une fois qu’il y a une femme à l'oustau, pas question que je cuisine ! Débrouillez-vous...A supposer que vous sachiez y faire ?" Je sais y faire. Et je n’ai rien oublié. Vous l'aimez toujours, l'omelette aux herbes et la salade de tomates, avec beaucoup de persil et juste ce qu’il faut d’ail ? Simple, rapide, chargé de souvenirs. "Cette fois, j'ai pris mes précautions, je camperai au rez-de-chaussée..." Bon. J’en déduis que j’investirai l’étage. Nous allons nous asseoir derrière la maison, pour parler, encore, et encore. Ce que nous, les Sudistes, nous faisons le mieux....Il revient avec deux verres "On n'est pas "au Mas d'Escanin", mais ça n'empêche pas de boire le muscat..." Non, bien sûr...Que le temps passe vite quand on le remonte. Il passe si bien qu'il se fait tard. Nous nous disons bonsoir, mais il m’écarte, un peu sèchement…Je m'apprête à monter, je l'entends parler au téléphone... Il revient, empoigne mon sac « Allez....Zou, desbagajas (vous pliez bagage)...Je vous mets à la porte...." Les bras m'en tombent "Et où voulez-vous que j'aille coucher , à cette heure ? Dans la roubine ? " "Vous allez chez Pascal. Maguelonne vous espère...Vous serez très bien...." Je n'en doute pas une seconde, mais une petite explication serait quand même la bienvenue. "Ca vous prend souvent, dites ?"
Il m’attrape aux épaules et m’aboie littéralement au visage : « Ca me prend que quand vous êtes là, sinon jamais ! Je vous aime toujours, noum de pas Diou ! Vous le savez pas, non ? Vous avez pas pris la mesure du danger ? (qué danger ?) Je vais vous la donner au centimètre près, moi : cent quarante sur cent quatre-vingt-dix ! Continuons comme ça et c'est pas seulement dans mes bras que vous allez vous retrouver, c'est dans mon lit ! Pistachié, peut-être plus… Mais malgré mon âge, j'ai toujours rien d'un capelan (curé), vous ne direz pas non et demain on se retrouvera tout bignes et pas fiers de nous, qu’on pourra pas se regarder. N'allons pas trop vite. D'abriva (accélerer), ce ne sera bon ni pour vous, ni pour moi. Vous serez ma femme, ou vous ne serez rien d’autre. J'aime mieux être un vieux toti qu'un saligaud…Alors zou…Vous partez ! Mon fils me connaît bien…Il comprendrait tout de suite, lui ! » Ce qui paraissait presque simple en Belgique devient singulièrement compliqué en Camargue...Nous ne sommes plus des minot, et aujourd'hui nous sommes libres, tous les deux...
Bon. Nous arrivons chez Pascal, j'embrasse Maguelonne, elle sort le muscat (décidément, c'est le jour !)....Et forcément, on bascule dans les souvenirs. " On n'a jamais compris que vous vous soyez perdus, quand les autres ont dit que vous n'en vouliez plus de Papa...Pascal a toujours dit qu'il croyait qu'il allait devenir fada, surtout que vous aviez l'air bèn amourachi tous les deux..." Je vois le visage de Francés qui se ferme, je fais signe à Maguelonne, mais elle n'a rien vu et elle continue "En tout cas, ça a l'air de vous avoir passé, puisque vous êtes revenue...Et depuis que vous avez changé d'avis, il est plus le même..." Un léger hoquet m'échappe..."Vous, si vous riez...Je vous ramène à l'oustau et ...Cocagne ! Tant pis pour vous !" Non, je ne ris pas. Et même du coup, j'ai très envie de gagner la chambre, d'être seule...."Bonne nuit...Et vous laissez pas aller au confort, hein...Que deman, à 6h, en selle et on part...". Il effleure à peine ma joue et il s'en va. Pour un peu, j'ai cru qu'il allait me serrer la main.
Je peux enfin le libérer, ce hoquet qui n'était pas un rire... Et beaucoup d'autres. Oh non, je ne riais pas, moun gardian....Je ne ris pas. Je sanglote comme une perdue dans mon oreiller, pour qu'on ne m'entende pas. Tout ce gâchis...Ainsi, c’était pas assez de nous séparer, d'envoyer le Papet parce qu'ils savaient qu'il le croirait et obéirait ? Non ce n'était pas assez, de plus il fallait faire mal…C’est ce qu’ils avaient trouvé, les salops ! Lui dire que je ne voulais plus de lui….Et à moi, ils m'ont répété encore et encore "Vous n'étiez qu'une aventure de plus pour lui...Une gamine (!!!) à qui il s'est amusé à tourner la tête...Vous n’êtes pas la première (comme si je ne le savais pas ! Mais lui, il était le premier….Pour les battements de coeur..Pour tout...Et je n'ai jamais pu l'oublier).…Vous ne serez pas non plus la dernière…D'ailleurs, est-ce que vous en avez des nouvelles, depuis que vous êtes partie? Est-ce qu'il s'intéresse de savoir ce que vous devenez ? Gros à parier qu’il y a beau temps qu'il vous a remplacée !" Non. Je n'en avais pas, de nouvelles. Et en 1989, quand nous avons accompagné le Papet pour la dernière fois, il était là au cimetière, avec les gardian, mais il m'a à peine regardée, il m'a serré la main comme aux autres de la famille et il est parti tout de suite...Comment aurais-je pu deviner qu'on lui avait imposé de ne plus m'écrire, de ne plus avoir de contacts « parce que je n’en voulais plus » ? Papet, ils vous ont eu, vous aussi et à cause d'eux, vous lui aurez fait bien du mal, à la pichouno que pourtant vous aimiez bien....La fatigue, les larmes me sauvent in extremis, je m'endors. Sinon, je ne suis pas sûre que je ne serais pas ressortie, d'escoundoun (en cachette) pour le rejoindre comme autrefois, moun baile-gardian...
.../.... |
|  | | Melany Flamme du forum.


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 | |  | | Cigale Petite flamme.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Mar 31 Mai 2011 - 0:00 | |
| 5 h, debout. 6 h, je brosse Chichoun, toujours aussi adorable... Un bruit de bottes, je reconnais son pas. "Vé ! Vous avez eu peur, hein ! Que si je vous avais pas trouvée debout, je venais vous réveiller avec un grand seau d'eau de la roubine..." Il m'embrasse vite fait puis "En parlant de roubine....Oh pécaïre ! Vous, vous avez encore trop lâché les vannes !" Ca se voit tant que ça ? Il faut croire que oui. "Si Maguelonne n'en avait pas trop versé...."Elle n'y est pour rien, elle ne pensait pas à mal. Elle ne sait pas tout ce qui a fait que nous nous soyons perdus. Nous-mêmes, il n’y a pas si longtemps que nous avons appris pour quelle saloperie ils nous ont séparés, pour quelques pieds de vignes que je leur aurais pas demandés, pour un héritage dont je ne savais rien et dont mon cousin profite joyeusement depuis 20 ans ! "Dites, si je peux vous retourner lou coumplimen, vous n'avez pas l'air très frais, vous non plus ?" "Vous croyez que ça vous arrange la coucourde, de ne pas fermer l'oeil ?" Non. Nous sommes beaux, tous les deux...J'ai déjà brossé Boumian, il n'a qu'à seller ("Bouto sello ...à moun chivau", ça, ça ne change pas)...Une fois en selle, nous retrouvons tous nos moyens et en avant. Boumian apprécie fort peu que Chichoun (qui pour lui est un jeunot) essaie de "le passer" : il lui barre la route, tout en "bottant" de manière à lui faire comprendre que ça ne se fait pas. "Tenez votre chivau, mildiou !" Je le tiendrais mieux si vous ne poussiez pas le vôtre comme si vous aviez le feu aux basques ! Mais ça ne le ralentit pas. Au contraire. Il lance Boumian au galop, Chichoun me surprend et je manque de descavala (être désarçonnée), ce qui serait -soit dit en passant- un exploit avec une selle gardiane, bénie soit la "5ème rêne" ! Je fonce pour me remettre à sa hauteur "Francés ! Arrêtez-vous et videz votre sac ! Avant qu'un de nous se retrouve à terre !" (ou à l'hôpital !) Il arrête Boumian presque sur place "Bon…Allez, zou ! Descendez !" On laisse pâturer li chivau... A sa façon de me regarder, je comprends mieux Maguelonne et sa comparaison… « Lou bramaïre… »… (un taureau un peu ombrageux...et même beaucoup)
"Francés....Je vous ai blessé? Je vous assure qu'hier, je ne riais pas..." "Je le sais bien, il n'y a qu'à vous voir ce matin...Vous ne m'avez rien fait, je ne vous ai rien fait et c'est très bien ainsi..." Il se radoucit, me prend gentiment par les épaules : "L'avantage de nous expliquer en rase campagne, c'est que nous ne risquons rien : pas de danger que je vous renverse sur l'herbe, encore que n’allez pas croire que l’envie me manque…Mais vous avez tellement peur des bestiasses que vous seriez capable de m'envoyer encore rouler dans la roubine ! " Vous ne vous trompez pas…"Je ne suis pas fâché, ma belle, seulement un peu "dévarié". Je me raconte des histoires pour me persuader que je ne suis pas trop vieux pour vous, que vous pouvez encore vouloir de nous, j'en suis bien estransiné... Jusqu'à ce que vous soyez là. Et alors, je me conduis pire qu'un minot. Tant que je ne savais pas ce que vous étiez devenue, je ne m'en tirais pas trop mal. La première fois, je n'aurais pas dû vous appeler...Mais je ne pouvais pas ne pas le faire... Je n'aurais pas dû vous demander de venir...Et pourtant je ne voulais que ça....Et quand vous êtes là, je vous mets à la porte, pour protéger qui ? Probablement tous les deux. Pour ne pas aller trop vite. Quand votre mari est parti, ça m'a fait peine de penser que c'était après la visite du Jumelage, et peut-être un peu à cause de moi (non, vous n'y êtes pour rien, le coup n’est pas venu de Camargue, mais bien de l’Inde...), mais un peu plaisir aussi, je ne le cache pas… Je suis encore assez fada pour vous demander...Et vous seriez bien capable de me dire oui. Mais maintenant, j'aurais l'air de profiter, c'est trop tôt pour vous, vous ne le pensez peut-être pas, mais après vous pourriez m'en vouloir.... Attendons. Ca vous épargnera peut-être d'être ma veuve avant d'avoir été ma femme, comme disait si joliment votre famille ?" Ca ne me fait pas rire. Ils se trompaient, tous. "Ils disaient cela il y a plus de 20 ans…..et vous êtes toujours là, moun bèu amour..."
Mon Dieu !!! L'ai-je vraiment appelé comme ça ? A voir son expression, je crois bien que oui. Résurgence qui vient de loin, la Fontaine de Vaucluse est battue ! "Eh bé ! Ca fait longtemps qu'on ne m'a pas appelé comme ça ! C'est gentil, ma belle..." Il me serre contre lui "Nous n'avons vraiment qu'une chose à faire...Vous savez laquelle...." Oublier les bestiasses qui courent dans l'herbe...? Non, il vaut mieux que ça, j’aurais pu m’en douter "En selle ! Ca nous a toujours réussi...Mais cette fois, au botte à botte...Et avec votre main dans la mienne...Vous savez mener d'une seule main ?" Vous le savez bien. J'ai eu un bon professeur, vous en souvenez-vous, moun gardian ? Vous lui avez appris à trier, à la chato qui ne s’avouait pas encore qu’elle avait déjà de vous un brave pensamor…La promenade se termine mieux qu'elle a commencé...
Déjeuner avec Maguelonne (à qui je livre le secret des frites belges, dorées à point, rien à voir avec les pâlichonnes frites françaises). Après, il faut bien sacrifier aux obligations : rejoindre le Comité de Jumelage, on va visiter une exploitation vinicole. C'est fou ce que ça me passionne, le vin, j'en connais assez d’avec le Papet. Surtout que les vignes, pour le moment, nous avons eu notre lot ! Mais quand il faut y aller.... Nous en avons autant envie l'un que l'autre. Maguelonne me regarde d'un air inquiet "Oh dites...Mais vous avez pas bonne mine..." Elle ne va pas s'y mettre aussi ? " Pas bonne mine du tout…. Votre "cousine" va téléphoner à votre Comité...Vous ne pourrez pas les accompagner, c'est bien dommage..." Aussitôt dit, aussitôt fait. Me voilà libre. "Mais s'ils se rendent compte..." Elle me coupe tout net "Oh dites, devenez pas déjà comme lou simbèu... (le taureau qui conduit la manade, je suppose que ce charmant vocable s'applique à Francés? A voir la tête de l'intéressé, j'en suis même sûre) Qu’est-ce qu’ils viendraient faire par ici ? Ils vont visiter des vignes : vous en voyez beaucoup par ici, des vignes ?" Non, effectivement. Alors, va pour un pèlerinage dans le temps, tous les deux...Nous nous échappons sitôt la dernière assiette essuyée. Sauf qu'aujourd'hui, je ne me cache plus derrière un platane en attendant de m'engouffrer dans sa voiture. Et de fait, nous passons une après-midi délicieuse, à arpenter des chemins retrouvés comme si c'était hier encore, ma main dans la sienne. Et le bonheur du moment…Ca rend imprudent. Au point de nous aventurer jusqu’à Graveson, où nous avons des souvenirs…Dont celui d’un petit vin blanc…Et d’aller le goûter à nouveau à une terrasse. Idée fatale ! Parce que nous nous faisons héler par des touristes goguenards, depuis un car immatriculé en Belgique ! « Mildiou ! Va falloir expliquer votre guérison miraculeuse… Je la retiens, la pitchoune ! "Ah oui ? Et comment ? « L’Amour Médecin », peut-être ?… Et ce n’est pas Maguelonne qui nous a menés à Graveson, c’est vous ! Toujours votre admirable mauvaise foi…
Surtout que ce soir, impossible de reculer : dîner officiel offert par les Arlésiens. Et Francés sera mon cavalié tout aussi officiel (vu que nous sommes les seuls soulitari). Sautons dans l’arène. Seule en tenue « gardiane » (prêtée par l’adorable Maguelonne) parmi les Arlésiennes en dentelles, je suis vite repérée. Par celui que je n’avais guère envie de voir. «Dites, vous allez beaucoup mieux…Une vraie figure de santé…Ca vous réussit, l’air du pays… » « Gramaci, Mr Amoretti ». Peu après, je m’arrange pour être assez près pour lui glisser « Ecoute, marrias…Ici, j’ai peut-être pas les talons aussi fins, mais je pèse pareil ! A bon entendeur ! Et ça vaut aussi des fois que tu en aurais après Francés… » Et je le plante là. Il doit avoir bonne mémoire, parce qu’il n’y revient pas de toute la soirée. Et la soirée, elle est pareille à toutes les autres. On se souvient des autres rencontres, les mêmes anecdotes, les mêmes plaisanteries… La Coupo Santo (que les nôtres n’ont pas encore compris que c’est un hymne et qu’on ne l’applaudit jamais)…
http://www.commanderiecostesrhone.ca/Coupo_Santo.html
La Barcarolle (qu’on peut applaudir mais lis Arlaten ne le savent pas). Mireille Rouvès nous régale de « Chantez, chantez, magnanarelles… », son morceau de bravoure. Notre Président me pousse pour que j’y aille aussi de ma chansonnette. Et tout naturellement, c’est la « Cansoun Gardiano" qui me vient. Pas celle de Tino Rossi (je me la garde, je nous la garde, avec les variantes), celle de Jousè d’Arbaud, compagnon de Mistral et Maïoral du Félibrige. Francés est aussi pâle que possible, il m’écrase les doigts « Boun Dièu…Vous n’avez pas oublié… » Non, moun gardian, je n’ai pas oublié. Je n’oublie rien. Rien de ce qui était «nous ».
Je regagne sagement ma chambre chez Maguelonne. Presque sagement…Parce qu’avant de nous quitter, Francés m’a fait remarquer que les dernières fois où nous nous sommes séparés, nous nous sommes embrassés. Et apparemment, que ce soit pour des mois, ou une nuit, ça ne lui fait pas grande différence. A moi non plus finalement…Donc…Il a soudain un sourire en coin qui aurait dû m’alerter. Il me fait asseoir sur le banc de l’entrée «Vous ne me contredirez pas…Les Provençaux sont très attachés aux traditions, et peut-être même encore plus les Camarguais… » Je ne vous contredis pas, mais je ne vois pas où vous voulez en venir ? «…La première fois que je vous ai embrassée, c’était nos retrouvailles : ça se devait. La seconde fois…Bon, je veux bien admettre que je vous ai un peu forcé la main (un peu, oui « Je vous attrape avec mon séden et je vous embrasse davans li gènt »)…Mais vous n’avez pas dit non. Cette fois, c’est la troisième, et là ça n’a pas paru vous déranger…Et j’ai pas dit vous déplaire, encore que j’en pense pas moins ! Trois fois, ça devient une tradition ! Donc maintenant, vous ne pourrez plus vous y dérober…Sinon vous n’êtes plus une vraie Provençale. Et je sais que ça vous ferait peine… » Bien joué, moun gardian. Il fredonne d'un air moqueur «Per voste gardian et nost' remembranço, Mantenen la nouvelo tradicioun… » (« Pour votre gardian et nos souvenirs, maintenons la nouvelle tradition… ») Et il se pique même de changer les paroles de la « Cansoun Gardiano » ! (à son avantage, bien sûr). J’ai beau avoir la réputation que fau pas es pron fin per m’aganta (il faut être fort pour m’attraper), là j’ai trouvé mon maître. Parce qu’il enchaîne aussitôt « Bon, je vous donne le bonsoir…Mais vous savez que li gardian sont avant tout les gardiens des traditions. Moi, je suis de la vieille école. Et donc très pointilleux…. » Vaï per la tradicioun…. C'est déjà le dernier jour. Aux aurores, nous sellons Boumian et Chichoun. Les cheveux en bataille, Maguelonne se moque de nous depuis sa fenêtre "Oh mais dites, vous êtes tombés du lit, tous les deux ?...Savoir si c'était pas du même, té ! " Son beau-père riposte aussitôt " Et toi, t'as pas envie de te recoucher, plutôt que d'ensuquer ceux qui sont plus courageux que toi, marriassouno ? Quant à ce qui en est du lit...Tu as vérifié lequel était défait, dis...maufasènto? !" (malfaisante). Mais son sourire dément le ton employé. Maguelonne referme la fenêtre, juste au moment où le jet d'eau du tuyau dont Francés arrose les jambes des chevaux atteint la vitre. Ce qui ne l'empêche pas de nous narguer, bien à l’abri. En selle et en avant.... Sagement jusqu'à la sortie des Cordelles, puis main dans la main, botte à botte…Comme avant…"Semblan di minot...Tant mignoun..." (on dirait des gamins) dirait Maguelonne (loin des oreilles de son beau-père, par prudence)… "Li minot", ils s'en fichent...Ensemble à nouveau, à cheval, que demander de plus ? Et tant pis si c'est limité dans le temps. Nous avons appris à apprécier chaque instant et à attendre le suivant. Le temps est beau, Boumian et Chichoun sont vifs…Un petit galop bien enlevé...Puis on met pied à terre et on laisse reposer li chivau. Francés me prend la main "Dites, ma belle....Je voulais vous demander...Vous n'auriez pas envie de...." De quoi, à part être avec vous ? "On pourrait le faire ensemble, si vous ne voulez pas y aller seule...Mais ça se devrait…Faire visite à votre Papet..." Sus lou toumbèu dou Papet...Je n'y ai guère pensé, mais... Oui. Nous irons dans l'après-midi. Mais pour l'instant, je ne veux pas trop y penser, pas tout de suite. La pichouno l'aime, mais la chato séparée de celui qu’elle aimait lui en veut. Et je ne sais pas trop laquelle prend le pas sur l'autre…Francés me serre contre lui : "Faut pas être rancurouso (rancunière), ma belle, finalement, ils n'ont pas gagné. Ni lui, ni les autres. Je lui en voulais comme pas possible...Mais quand je vous ai vue débarquer la première fois, que vous avez pleuré contre moi, ça m'est tombé d'un coup....Est-ce qu'il voulait vous protéger ? Est-ce qu'il ne voulait pas du baïle? Il ne nous le dira plus. Lui aussi s'est fait aganta ("rouler")par les autres... Vous n'êtes plus la nièce de personne...Je ne suis plus baïle-gardian...Mais nous sommes les mêmes l'un pour l'autre... Alors pour le reste, té...Cocagne !" Il a raison. Nous remontons à cheval et nous continuons notre promenade. Comme autrefois...Seule différence, nous partons ensemble et nous rentrons ensemble. Alors qu'avant, nous partions chacun de notre côté et revenions de même...Même si personne n'était dupe. Que mes joues se souviennent encore de certains accueils du Papet, qui avait la main leste et le pastissoun (la gifle) généreux…..
Nous préférons déjeuner tous les deux chez Francés, pas envie de partager les précieux instants qui nous restent. Du pain, des tomates, des olives, le rosé…Mais ensemble. Puis nous nous mettons en route. Plus nous approchons du Vaucluse, plus je me sens mal à l'aise. N'était que j'ai accepté, je demanderais à Francés de rebrousser chemin...
Le Thor (où j'avais réussi à faire passer une roulotte gitane sous le beffroi, et avec un cheval pas facile de surcroît, ma petite gloire à moi)...Morières...Entraigues….Et enfin le petit cimetière. Bien sûr, il s'est rempli depuis toutes ces années, mais je retrouve les allées comme si je l'avais quitté hier. "Oh dites, on dirait qu'il vous "tire"..." Peut-être. Enfin me voilà devant la tombe toute simple. Pour la première fois depuis 20 ans. J'en aurai fait, des choses "pour la première fois depuis 20 ans", ces derniers mois...Et pas vraiment celles que vous auriez voulu me voir faire, Papet...Une fois de plus, "la vanne des roubines" cède, je ne suis plus qu'une interrogation : "Pourquoi vous les avez laissés faire ça? Vous le saviez bien pourtant que nous aurions pu être heureux ensemble…" Francés me prend contre lui, attend que ça me passe. Je l'entends murmurer "Avec tout le respect que je te dois...Tu le vois bien, vieil entêté, que finalement c'est quand même dans mes bras qu'elle pleure, ta petite. Alors qu'elle aurait pu y rester sans pleurer..." Je me calme. Et la prière que je dis pour lui, c’est celle de la pichouno, parce qu’elle peut pardonner. Au reste, Francés a raison, à lui, il n'y a rien à pardonner...Et je dépose les fleurs de chicorées sauvages, d’un bleu un peu pâle de porcelaine, prises au bord du devers comme quand j’étais encore sa pichouno, parce qu'il les aimait.
On repart "Vous voulez que je vous emmène revoir le mas ?....Les vignes ?" Non, je veux m'en aller. "Vous ne voulez pas voir vos cousins ?" Non. Pour leur dire quoi? "Vous devriez y aller...S'ils apprennent que vous êtes venue aussi près..." Encore une fois, il n'a pas tort.
On débarque donc au mas. Francés reste dans la voiture, à l'entrée. Près du grand platane, le vieux banc du Papet a disparu : c’est aussi bien…Une chose de moins à regretter…Je ne tarde pas à tomber sur mon cousin, juste à l'angle de l'ancienne écurie d'Estello. Il n'en revient pas de me voir. Me fait entrer près de la cousine. On papote comme si on s’était quitté de tantôt, j'explique que je suis venue avec le Comité de Jumelage...Je leur dis la visite au Papet... "Et pour venir jusqu'ici, comment tu as fait?" "En voiture... Avec un ami...Non, pas vraiment un ami. Il m’espère près du mas." "Tu aurais pu le faire entrer..." "Pas sûr qu'il en ait eu envie, de te voir. Et toi non plus…Parce que le pas vraiment ami, tu ne le connais que trop bien....C'est Francés …Lou baïle-gardian de toun paire… (le régisseur de ton père) Ca t’étonne ? C'est normal. On ne peut pas dire qu’on s’est quitté de bonne amitié…Et surtout que c'était jamais qu'un pas grand-chose, n’est-ce pas ?…Un fier pistachié qui s'est amusé à me tourner la tête puis à me laisser tomber...A plus jamais donner de nouvelles…Comme si j’avais pas existé...." (Mais la beauté de l’histoire, figure-toi, c’est que c’est ton frère qui nous a «rencabana » et que tu n’en sais rien, il s'est bien gardé de te le dire !). J’envoie l’hameçon juste devant lui et il l’avale tout rond; il hoche la tête, il est bien d’accord « Sûr qu’il ne valait pas la peine que tu t’entêtes pour lui…Il t’a laissée comme un vaurèn l’aurait pas fait…Mais on te l’avait bien dit qu’il partirait «après » …Et il l'a fait ! » Tu ne manques pas d'air, Judas ! que tu sais très bien ce qu’il en est. Il aurait mieux fait de se taire. Un voile rouge me passe devant les yeux, la rage me monte…C’est pour ça que je ne voulais pas venir. Ce que je redoutais est en train d'arriver, la chato de Martial Peyrons règle ses comptes. Trop tard pour m’arrêter, autant essayer d’arrêter la Durance en crue ! Mon poing qui s’abat sans douceur sur la table doit sûrement lui rappeler celui du Papet…Et j’explose !
"Il m’a pas laissée : vous l’y avez obligé ! Mais vous le saviez bien, tous tant que vous étiez, qu'on lui avait dit de pas me demander, de ne plus m'écrire ! Non, il ne m’a pas laissée ! Les coupables, c’est tous ceux qui l’ont forcé à le faire ! Ca vous donnait le beau rôle à vous tous, son silence me prouvait que vous aviez raison....Qu'il valait pas cher. Mais au fond de moi, je n'ai jamais pu le croire...Il vaut mieux que tous ceux qui nous ont fait ça ! Mais je l’ai jamais oublié, Francés…Tout finit par se savoir. Même comment les choses se sont passées. Et elles se sont pas passées bien proprement ! Que vous avez pas fini d’en faire la lessive ! Parce que je n’oublie rien et que je pardonne pas ! Aujourd'hui, je sais pourquoi on nous a séparés : pour un héritage que de toutes façons j'aurais rien demandé ! Mais je pourrais encore, si j'étais intéressée, parce qu’au pais, ça se raconte qu’il a pas été perdu pour tout le monde ! (tu blêmis, tu ne pensais pas que j’en savais autant, hein?) Faut pas te dévarier, intéressée, je le suis pas...C'est votre spécialité, de faire traîner les saloperies et ça me ferait peine d’être comme vous ! Seulement, même (surtout !) si ça doit te gâter la journée, je te la donne, la nouvelle : Francés, je l'aime toujours ! Lui aussi. Et ça aujourd'hui, il n'y a pas un Peyrons ou un autre pour l'empêcher ! Tu sais ce qu'on en dira, dans le pays ? Eh bien que la chato du Martial Peyrons est encore plus testardo que son Papet ! Et ça ne fera de vergougno (honte) qu’à vous ! Parce que Francés, il est comme moi, et moi lou dire-dou-monde (le qu’en-dira-t-on), m'en fouti ! J’ai passé l’âge, grâce à vous….Lui pareil ! Nous, on a perdu plus de 20 ans...Mais vous, vous perdez le reste ! Et surtout la face ! Parce vous pensez bien qu'on n'a pas pris le maquis pour venir jusqu'ici, tous les deux... Comme dans le pays, on ne cache pas grand-chose et pas longtemps, vous n’avez pas fini d’en entendre parler….Alors, tu imagines si en plus on publie une promesse de mariage ? Et maintenant vous m'excuserez, mais nous ne sommes pas rendus...C'est pas tout près, le chemin des Cordelles. Mais je suis bête : vous savez très bien où c'est....Tu remercieras ton frère pour nous : il le sait encore mieux que toi !"
Je tourne les talons et je rejoins Francés. "Eh bé....Vous ne changez pas ! Vous avez vidé la cruche…et pas en douceur ! La tête qu’ils font ! (ils n'ont pas pu s'empêcher de venir jeter un coup d'œil)...Ca leur tombe au moment où ils ne l'attendaient plus….Parce que c’est pas d’hier que votre Papet est venu me mettre les points sur les i…" Il démarre, bientôt le mas disparaît à l'angle de l'avenue du Jas....C'est fini, je sais que je ne reviendrai plus. Plus jamais. Alors il me dit mi-admiratif, mi-réprobateur "Tout de même...Qu’on vous entendait jusque sur l’aire ! Vous avez pas eu peur d'envoyer le bouchon un peu loin..." Bah, un lancer de bouchon attendu de plus de 20 ans, ça vaut bien un coup de pied de mule papale vieux de 7 ans... On est en Avignon, non ? Je n'arrive pas à regretter. Retournons en Arles, moun gardian...Là où nous nous sentons à notre place.
On arrive juste à temps pour se fa rena (faire gronder) par Maguelonne "Vous n'êtes pas comme des minot, tous les deux : vous êtes pires ! Le Président du Comité belge se demande ce que vous devenez...Qu'est-ce que je pouvais dire, moi ? Les promenades à cheval, c’est très bien...Mais ça ne dure tout de même pas toute la journée..." Non, évidemment. La moindre des choses, ce serait de prévenir Tony. "Ecoute, Tony...J'ai pris ma journée, elle n'est pas finie, je ne rentre pas et ne comptez pas sur moi..." Il me connaît depuis trop longtemps pour insister. "Et je suppose qu'il ne faut pas compter sur..." Tu supposes bien : ne comptez pas sur lui non plus ! Nous mangeons avec Maguelonne ; même si nous ne disons pas grand-chose sur notre après-midi, elle se doute de quelque chose. "Je parie que vous y êtes pas allée à coup de miel...Ca n'a jamais été votre genre..." Tu ne te trompes pas. Mais si on t'avait fait la même chose qu'à Francés et moi, tu l'aurais eue mauvaise aussi.
Après dîner, nous allons marcher un peu jusqu'au bout des Cordelles, ça devient une habitude. "Dites, ma belle....Cette dernière nuit...Vous la passez avec moi ?" Ca a le mérite d'être direct. Vous avez changé d'avis ? "Je n’ai rien changé du tout. Mon idée, c'est d'aller à la cabane d'espère (d’affût) ....et d'écouter vivre l’Estang la nuit. De regarder le soleil se lever...Vous pourrez toujours dormir dans le carri..." Pourquoi pas ? Nous passons prévenir Maguelonne que je ne rentre pas. Ca l'étonne à peine. On attrape vestes, chapeaux, une couverture. Maguelonne en profite pour me glisser avec un petit sourire en coin "Perqué uno flassado…quouro avès un' escaufeto?" (pourquoi une couverture quand vous avez une chaufferette? Toi, tu vas mal finir si Francés t’entend…) et nous partons pour le Vaccarès.
Il est bien différent...J'aime la nuit et son mystère, mais sans Francés, je ne resterais pas une minute de plus ! Nous retrouvons la cabane, simple construction de planches et de roseaux. Je suis sûre qu'il y a pas mal de bestiasses là-dedans. Tant pis.... Nous nous asseyons sur des bottes de roseaux posées là et nous regardons la surface de l'eau luire dans la nuit. Le moindre bruit paraît incroyablement amplifié. La lune verse une lueur pâle sur l’eau, les contours familiers ne se ressemblent pas ….C’est beau, mais un peu oppressant aussi….. Un "plouf" nous avertit de la présence d'un ragondin...Toute la vie nocturne de l'Estang bruisse autour de nous. Je ne me souvenais pas de tout ça. Francés me rit au nez : "Vé, je pense bien ! A l'époque, nous avions la tête ailleurs....et pas que la tête..." Effectivement...L’avantage de l’obscurité, c’est qu’on peut y rougir tranquillou…Un souvenir en entraînant un autre....nous bavardons à voix basse, je le regarde "Francés...Vous allez bien ?" Il me semble terriblement pâle "Oui, ça va..." "Vous êtes sûr ?" "Mais oui, je vous dis ..." Mais sa voix sonne faux. Je commence à m'inquiéter. Je n'ai pas le téléphone de Maguelonne, nous sommes loin de tout, si..."Mais cessez, mildiou ! Je ne vais pas "passer" dans vos bras, jamais eu moins l'intention que maintenant, vous pouvez en être assurée !" Si vous le dites, il faut vous en croire…
Puis tout à trac "Oh et puis Cocagne ! Oui… Je suis malade...Malade de vous, là ! Et ça ne s'arrange pas. Finalement, ce n'était peut-être pas une si bonne idée...On ferait mieux de rentrer..." Ca changerait quoi? Je ne vais quand même pas réveiller Maguelonne à une heure pareille.... On ne serait pas plus à l'abri chez lui. Au contraire. Autant rester…Il a mis son bras autour de mes épaules, je laisse aller ma tête contre lui. « Maria…Cigalo… » Il ne m’avait plus appelée comme ça depuis…Depuis si longtemps. Et ses lèvres écrasent les miennes. Mais pas comme les dernières fois…Possessives, exigeantes...Comme avant. Je m’accroche à lui comme si je me noyais, mais je lui réponds de même. Tout bascule d’un coup…Ca devait arriver… Non, nos âges ne nous protègent pas, c’était une illusion d’y croire...Notre raison a beau dire non, nos coeurs disent oui...Ce premier vrai baiser que nous échangeons depuis nos retrouvailles, il nous attend depuis 20 ans, et il nous prend de court tous les deux. Je ne me souvenais pas qu’un cœur puisse battre si fort… « Que sus lis estang danson li belu… » (quand sur les étangs dansent des étincelles) Eh bien, elles dansent, cette fois, les étincelles, et pas que sur l’Estang…Comme autrefois, moun bèu amour…Moun gardian…. Mais il s’écarte et me tend la couverture "Mettez ça sur vos épaules, le matin est frais, près de l'Estang..." Je fais comme il dit, il s'assied près de moi, me serre contre lui. "Non, ma belle, non, je n'irai pas plus loin...Vous prendre dans mes bras, se caligna, oui...Mais rien de plus pour l’instant. C'est déjà beaucoup que nous soyons là...Que nous n’ayons rien à regretter et qu’on puisse encore se regarder en face…Je vous aime trop pour tout abîmer...Je n’étais pas comme on a voulu vous le faire croire, je le suis toujours pas... Mais vous le saviez bien. Attendons un peu, nous en avons l’habitude, tous les deux…Je vous le promets, je vous demanderai, comme j'ai voulu le faire il y a longtemps, je ne pense qu'à ça. Et cette fois, c'est vous qui déciderez de votre réponse, il faut que vous soyez sûre. Mais maintenant, restez contre moi...Parce qu'il ne supporterait pas de vous perdre une seconde fois, voste baïle-gardian..." Je reste. A ma place retrouvée. Dans ses bras… De temps à autre, il pose ses lèvres sur les miennes, ou sur mes cheveux. Comme autrefois...Jusqu'à ce que je ne sente plus rien.
C'est vrai, qu'il fait froid... J'ouvre les yeux, le soleil est déjà levé. "Alors...Bien dormi, dans les bras de votre vieux gardian ?" Francés se penche sur moi en souriant "Dites, c'est bien la première fois que je vois une marmotte au bord du Vaccarès ! » Il me plaque un baiser rapide sur les lèvres puis "Ecoutez…J'ai quelque chose à vous demander... promettez-moi de dire oui !" Je lui ai toujours fait confiance, je peux bien continuer..."D'accord..." "Voilà : pour le petit-déjeuner, je vous invite. Un vrai petit-déjeuner....Mais chez Amoretti !" Il éclate de rire. Et moi aussi : c'est vrai, Amoretti, c'est le mastroquet du pays ! « Je me l'imagine déjà amenant le café et les croissants au "pistachié dou vilage" et à "la chato de Martial Peyrons", ensemble et sous son nez !" Ca alors, il n’en rate pas une.... "Et c'est moi que vous appelez diablasso ? Vous me rendriez des points, moun gardian...Vous voulez lui faire prendre le coup de sang?" "Qué coup de sang ? La mauvaise engeance, c'est solide : vous inquiétez pas pour lui. Mais que de l'imaginer devoir nous servir le café, sur le napperon : je me régale..." Moi aussi.
Nous repassons à la maison pour une toilette rapide et nous nous dirigeons vers le café d'Amoretti. Autant dire que nous faisons une entrée remarquée. Semblo une bogue-ravelle (poisson aux yeux particulièrement exorbités), l'Amoretti ! Je salue la compagnie comme si c'était l'habitude, Francés commande deux petits déjeuners et nous papotons comme si de rien n'était. Si les yeux du patron étaient des pistolets, nous serions déjà étendus raides tous les deux. Mais il faut bien qu'il nous serve...Surtout qu’il y a là quelques habitués qui n‘en perdent pas une goutte. Et pas question qu’il laisse sa moitié nous approcher… Bien trop peur de ce que nous pourrions lui dire, à Mme Amoretti. Parce que sa visite belge, elle n'a pas été aussi innocente que la nôtre ! Nous le savons et il sait que nous le savons... C’est trop peu dire que nous prenons notre temps. Francés règle l'addition, fait mine de sortir puis se ravise : "O Amoretti ! Juste à te dire pour que tu meures pas plus idiot que tu l’es, encore que ce serait difficile : je peux pas me tromper de gibiè, vu que je chasse jamais...Chez moi, c'est le charme qui agit tout seul... (il entoure mes épaules de son bras) Pas vrai, ma belle ? Té, demanda a la passat-tèms reire-filho de Peyrons... Quaù es a mand d’èstre marido em’ un gardian. (Demande à celle qui était la petite-fille de Peyrons, qui est près d’être mariée à un gardian) Mais tu dois pas savoir ce que c'est, le charme, sinon ce serait toi…lou pistachié dou vilage ! Dommage pour toi, que quand je serai rangé, la place sera à prendre ! » Il envoie son valergue en arrière, de ce geste que je lui ai vu faire tant de fois, et nous sortons, laissant Amoretti fasènt lou gobi (bouche bée) et les habitués qui ricanent.
Sur la place, il me prend le bras "Pas aussi bien déjeuné depuis longtemps...Pas vous ?" Si...." Une minute, j'ai cru que vous alliez m'embrasser devant ce toti..." "Figurez-vous que je me le suis pensé un instant, rien que pour voir sa tête....Mais je ne jette jamais de perles aux cochons : je me les garde....Remarquez, si vous y tenez, il n'est pas trop tard, on peut y retourner ?" Il éclate de rire, bouscule mon chapeau (c’est une manie !) et m'entraîne à la maison. Je dois reprendre mon sac, bientôt nous repartons, il faut rejoindre le groupe. "Promettez-moi de revenir...de me revenir…Et de réfléchir à la question que je vous poserai..." promets. Pour tout. Et pas que pour lui. Pour moi aussi. Pour nous. Parce que je ne veux plus jamais le perdre, moi non plus.
Nous faisons une dernière promenade, à pied...Puis je vais faire mes adieux à Maguelonne. Elle m'embrasse et me glisse avec un clin d’œil « Adessias….Ma-belle-mère-seulement-à -demi ! » qu’il vaut mieux que son beau-père ne l’entende pas. Et un chapeau qui s’envole, d’une claque bien ajustée… Mais cette fois, ce n’est pas le mien ! "Teiso-te, te demandon pas quand as d’an !" (Tais-toi, on ne te demande pas ton âge, c.à.d. mêle-toi de tes affaires) C'est pas la première fois que je t'y prends, marriassouno, même si j'ai rien dit jusqu'ici...Sauf que cette fois...L'autre demi, elle pourrait bien venir...Et peut-être même plus vite que tu le crois ! !" Elle n'a pas l'air surpris. Cette question à laquelle je devrai répondre, il semble que tous l’aient déjà fait avant moi….
Il est l'heure de rallier le car. Les deux Comités ont eu leur membre défaillant. Mais personne ne semble étonné de les voir réapparaître ensemble. L’heure du départ est bien là...Nous saluons les Arlésiens...Au dernier moment, Francés s'approche de moi, ôte son valergue et me salue, à la gardiane "Oubliez-vous déjà la tradicioun, ma belle ?" Et il m'embrasse devant les autres, transformés en statues de sel. Cette fois, il faut partir. Un dernier signe de la main, un imperceptible mouvement des lèvres... On roule. Je ferme les yeux, comme à l’aller. Ce n'est qu'après une bonne heure que Tony s'approche de mon siège, perplexe : " Dis…J'ai rêvé…Ou il t’a embrassée, le vieux gardian...?"
"Tu as rêvé..." Parce qu'il ne sera jamais vieux, moun gardian...Lis amour de jouvènt, soun coume li raive…Vièisson jamaï… (les amours de jeunesse, ils sont comme les rêves…Ils ne vieillissent jamais)
Dernière édition par Cigale le Mar 31 Mai 2011 - 1:08, édité 2 fois |
|  | | Enalynne Flamme du forum.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Mar 31 Mai 2011 - 0:47 | |
| C'est toujours aussi superbement écrit, l'art de mélanger le français et le provençal, ça confère à ton manuscrit une note de fraîcheur, on s'évade en lisant |
|  | | GARDIAN Flamme du forum.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Mar 31 Mai 2011 - 10:32 | |
| Ma femme a écrit : "L'avantage de nous expliquer en rase campagne, c'est que nous ne risquons rien : pas de danger que je vous renverse sur l'herbe, encore que n’allez pas croire que l’envie me manque…Mais vous avez tellement peur des bestiasses que vous seriez capable de m'envoyer encore rouler dans la roubine ! "Ca mérite une petite explication....Vous le savez, quand on s’aime, on se le dit. Et quand on s’aime, on se le montre. A des degrés différents, selon l’endroit où on se trouve…Ca nous arrivait souvent de partir à cheval, bien sagement et chacun de notre côté. Mais à peine hors de vue, on se retrouvait et c’était au botte à botte et en se tenant la main. Même au galop ! Elle montait bien, (elle monte toujours bien) mais c’est normal : c’est moi qui l’ai mis à la monte gardiane ! Et pour ça, j’étais intransigeant. A cheval, pas de demi-mesures. Bref...On partait à cheval. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on restait en selle tout le temps. Il fallait bien laisser reposer les chevaux. Même si on n’était partis que de vingt minutes et que les Camargues sont des chevaux résistants. Et pendant que les chevaux reprenaient un souffle qu’ils n’avaient pas encore eu le temps de perdre, il fallait bien s’occuper. Nous ne manquions pas vraiment d’imagination, on trouvait toujours. Et cette fois-là…On s’était écartés un peu dans les roselières. C’est bien, les roseaux, on y disparaît complètement aux yeux des malgracieux qui n’ont rien d’autre à faire que d’ensuquer ceux qui voudraient justement être bien tranquilles ! Donc, on s’était écartés et on a mis pied à terre. Un petit coin charmant, en bordure de la roselière, une herbe pas trop rude, et une pente toute douce jusqu’au bord de l’eau…J’ai pris ma belle dans mes bras, je lui ai ôté le chapeau, pour laisser couler ses cheveux sur ses épaules. Je l’ai embrassée et tout doucement, on s’est laissés glisser sur l’herbe. Je l’ai serrée contre moi, elle a laissé faire. Un moment de paradis… Et j’ai cru qu’il y avait un tremblement de terre ! Je me suis senti soulever, j’ai roulé sur le côté, j’ai dévalé la pente (qui finalement n’était pas si douce que ça) et j’ai atterri assis dans l’eau. Pendant qu’elle poussait des cris à vous retourner les sangs, que je me demandais ce qui lui arrivait ? C’était tout bête. Alors que sous mes délicates attentions, elle aurait pu garder les yeux passionnément fermés, il a fallu qu’elle les ouvre ! Et qu’elle aperçoive je ne sais quelle bestiasse dans l’herbe, que c’est sa terreur. Du coup, elle a voulu se redresser, et elle m’a envoyé rouler dans l’estang ! Je vous jure bien que ça vous coupe les effets. Surtout quand une espèce de pintade glousse à côté de vous en essayant de vous faire croire qu'elle ne rit pas et que c’est nerveux ! On s’est remis en selle et on a continué notre promenade. Et ce jour-là, je me suis fait à moi-même un serment solennel que je suis fier de dire que je l’ai toujours tenu : ne plus jamais la coucher sur l’herbe. Jamaï ! |
|  | | Enalynne Flamme du forum.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Mar 31 Mai 2011 - 11:41 | |
| Je suis désolée Gardian, je pleure de rire Elle était si grosse que ça cette bestiasse Cigale ? Quelle aventure !!! Je n'arrive plus à écrire tellement j'ai un fou rire, merci pour cette précision et pardon de trouver ça tellement comique |
|  | | GARDIAN Flamme du forum.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Mar 31 Mai 2011 - 23:46 | |
| Ma belle, ravi de vous avoir fait rire : « femme qui rit, femme à moitié conquise » (par mes écrits, bien sûr, je suis un homme sérieux). Je ne voudrais pas vous achever, mais je n’ai pas été le seul à faire trempette. Pas de raison que je sois le seul à passer pour un brave couillon…. Je l’ai déjà dit, ma femme, elle monte très bien. A cheval. Parce que pour le reste, boun Dièu ! Vaut mieux pas se trouver devant elle. Quand je dis le reste, je pense à une espèce de petit cheval métallique qu'on appelle une bicyclette. Au mas, il arrivait que pour aller au village ou faire une course pas trop loin, elle prenne le vélo. Ca, ça valait le coup d'oeil, que même ceux qui riaient que le 32 du mois ou bien quand ils se brûlent, ils s'offraient une minute de franche rigolade. Je le dis tout de suite : moi pas. Pas devant elle en tout cas, parce que si je suis un homme galant, je suis encore plus un homme prudent ! Figurez-vous que je ne sais pas comment elle faisait, mais elle n'a jamais pu garder les pieds sur les pédales, je peux dire sans galéjer qu'elle les perdait régulièrement, les pédales. Ses pieds glissaient et elle devait s'y reprendre je ne dirai pas combien de fois parce qu'on dirait encore que le Sudiste exagère. Et que cette fois, si j'exagère c'est en sens inverse, je risquerais de dire pas assez. Un jour, je lui ai proposé de lui fixer des étriers camarguais (que ce sont des étriers-cages) sur les pédales. J'étais sérieux, mais le regard qu'elle m'a lancé, pécaïre ! C'était pour me donner le coup de la mort. Mes gardian, pliés en deux qu'ils étaient. Moi pas, encore une fois, toujours la prudence. Elle avait pris l'habitude de porter des petits talons, ça lui servait de "cale-pieds" et là ça allait encore. Un jour, je la vois qui prend le vélo, elle monte dessus, je ne sais pas si elle avait fait une prière ou si elle faisait du yoga, mais au premier coup de pédale, la voilà partie. Toute fière, qu'elle est passée devant moi et mes hommes (on s'était tous arrêtés pour en profiter, on était déçus). Elle est partie vers la grand-route, mais elle n'est pas allée bien loin. Parce que son berger allemand, Kiri, tout content de partir avec sa maîtresse, il a commencé à faire le fou, à tourner autour d'elle à toute vitesse. Elle a commencé à l'eng.....er, à lui dire de f.....e le camp et à lui promettre la fourrière s'il n'arrêtait pas. Mais le chien a dû prendre ça à la rigolade, parce qu'il a continué. Et elle a fait l'erreur fatale, elle a tourné la tête pour voir ce qu'il fabriquait, elle a commencé à tanguer dangereusement....elle a obliqué encore plus dangereusement. Et elle a disparu subitement. Elle n'était pas bien loin : dans la roubine (petit canal d’irrigation). Passé la surprise, mes gars ont éclaté de rire comme pas possible. Moi, je me suis précipité, pour récupérer la bicyclette. N'allez pas croire que je manque de coeur, non. Mais elle s'était déjà tirée de là toute seule, et de voir la tête qu'elle faisait, il valait mieux que je me taise, je risquais beaucoup moins en repêchant son engin qu'en lui demandant comment elle allait. Elle est rentrée tout de suite se changer. Un peu après, je l'ai vue qui partait, à pied cette fois, qu'elle se dirigeait vers chez son amie. Je suis monté sur le cheval et je m'apprêtais à la suivre, peut-être même à lui proposer de la prendre avec moi sur mon Boumian et de la conduire. Puis j'ai réfléchi et j'ai rebroussé chemin. Pour un tête-à-tête avec ma belle, la prudence (encore elle) commandait d'attendre un peu. Que j'aie retrouvé mon sérieux. Quant à la bestiasse, à son échelle à elle, elle était ENÔÔÔÔRME : de la taille d’une tête d’épingle. Une épingle en acier, normale, hein, pas une avec une tête en plastique coloré. |
|  | | Enalynne Flamme du forum.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Mer 1 Juin 2011 - 2:52 | |
|  vous avez l'art et la manière de raconter les histoires qu'on s'y croirait, pauvre Cigale mais c'était drôle quand même. Pas autant que le câlin à la bestiasse sur la pente "douce" Grosse comme une tête d'épingle, elle devait avoir le nez dessus pour l'avoir vu ENÔÔÔÔRME Pas  et |
|  | | Melany Flamme du forum.


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 | |  | | GARDIAN Flamme du forum.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Jeu 2 Juin 2011 - 19:46 | |
| Melany, vouloir posséder, ça fait faire des choses pas bien jolies. L'important est d'avoir passé outre de tout ça. |
|  | | Cigale Petite flamme.


Nombre de messages: 127 Age: 54 Localisation: A ran de soun gardian... Date d'inscription: 25/05/2011
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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Jeu 2 Juin 2011 - 20:10 | |
| Quelques mois ont passé après mon séjour en Camargue. Mais l'espoir était là, et nous savions qu'il y aurait un demain. Seulement, avant qu'il débarque à la maison, il y a eu les échanges téléphoniques
Eh bé, c'est reparti ! Sur un Forum de poésie, nous avions une rubrique "Le Club des Poètes en Délire", où nous nous amusions à versifier (un seul homme pour 9 femmes, qu'il séduit tour à tour) et j'ai réussi plus d'une fois (cocorico!) à être "la favorite en titre" de notre "amant de plume". Fini, tout ça....Parce que lou gardian, il ne l'entend pas comme ça, loin s'en faut ! "Si ça vous amuse tant que ça, de rimaia, vous le ferez avec moi...Je sais y faire autant que "le Parisien" !" Je n'en doute pas une seconde, mais je m'amusais bien...Enfin, si l'harmonie pré-conjugale est à ce prix ....Je suis interdite de "Délires".
Et par un bel après-midi, téléphone. "Dites, ma belle, je voudrais vous demander...." Ouiiiiii, quoi?
"Dites...Le Parisien...Vous n'en êtes pas amoureuse, par hasard ?" Non, ni par hasard, ni autrement. "J'apprécie son humour, sa culture, sa gentillesse et sa sensibilité, sa manière d'écrire mais non, je n'en suis pas amoureuse. Lui non plus d'ailleurs ! Si nous sommes amoureux, c'est chacun de notre côté !"
"Vous êtes sûre ? "
"Aussi sûre que là, je parle à un fada !"
Il préfère ignorer cette dernière remarque "Vous savez, ces choses-là...D'abord, on en parle...Puis à force d'en parler, elle finissent par vous tomber dessus qu'on ne les voit pas venir....""
Non, ça ne marche pas comme ça. Heureusement, parce que si c'était vrai, je serais bravement inquiète pour vous !"
" ???????????????????????"
"Des fois qu'à force de dire des couillonnades, on finirait par devenir couillon !"
Rugissement dans le combiné "Mildiou, sale petite peste ! Que j'aurais dû vous étrangler avec mon séden quand je vous tenais encore !"
"Oui, vous auriez dû ! Parce que maintenant, pas sûr que je me laisserais faire!" Avant non plus, nous le savons tous les deux, nous ne creusons donc pas davantage le sujet.
"Oh et puis...Cocagne ! Je me demande pourquoi je discute avec une mule comtadine ?" Et moi avec un pléonasme, parce qu'un Camarguais entêté, c 'est pas autre chose ! CLAC ! Il m'a raccroché au nez, lou marrias !
Je me remets à mon repassage. 10 minutes. Té, le téléphone...."Dites, ma belle, vous êtes sûre...pour lou Parisèn...Vous n'êtes pas..." Boudiiiiiiiii !!!! On 'est pas près d'en sortir.....
Le « Parisien » étant en verve d’alexandrins, me relance pour que je lui réponde. En tout bien tout honneur, comment pourrait-il en être autrement ? Du coup, lou gardian pique le coup de sang : plus question de rimailler avec lou Parisèn ! Il n'en démordra pas. Plus têtu que ses biou. Il était déjà comme ça il y a plus de 20 ans, et il n’a pas changé. "Sièu jalous ! E lou sabès !" (je suis jaloux et vous le savez) Eh oui, je le sais, merci. Autrefois, quand un nouveau encore peu au fait des choses du mas, demandait (en toute innocence) "Qui c’est, la chato qui est venue trier avec nous?", les initiés se faisaient un plaisir de le renseigner : "La nièce du pelot (patron)...Et si j'étais toi, je ne m'y frotterais pas. Pas à cause du pelot. Parce qu'il se dit aussi, comme ça, que ce serait peut-être un peu la calignarello du baile-gardian (régisseur)....Et que si tu y viens trop près, tu risques fort de te retrouver à garder tout au fond de la palun (du marais), et pas au plus facile...." Certains n'ont pas tenu compte de l'avertissement. Ils l'ont fait une fois. Pas deux. Ca valait aussi pour un regard un peu trop appuyé, une plaisanterie ou m'aider à me mettre en selle. Même traitement. Sauf que là, il en avait autant à mon usage. "Depuis quand vous ne savez plus monter à cheval toute seule, vous ? Restez au mas, pas besoin d’une jupe pour m’encombrer ! " (assorti d'une claque bien lancée qui envoyait voler mon chapeau, sa cible favorite et ça n’a pas changé). Il faut croire qu'il en fallait plus pour me décourager, puisque j'y reviens. Il est comme ça, il ne changera plus, ça me rappelle ma jeunesse.... Ca (re)commence bien....
Mais pour être honnête : je ne voudrais pas qu’il soit autrement, ce ne serait plus moun gardian. Donc je renonce aux rimes croisées, je le jure sur mon PC, le voilà content. Encore que je lui fais confiance : il trouvera autre chose ! Rien à faire, il a toujours été jaloux comme pas possible. Parfois c'est un peu irritant, d'autres fois, je ne peux m'empêcher d'en rire. Comme lorsqu'il m'avoue (plus de 20 ans après), tout bigne comme un minot "Allez...zou, je peux bien vous le dire...Vous vous souvenez du Mouriègues, celui des Taillades, quand il est rentré au mas avec la tête comme une coucourde qui aurait pris lou soulèias? (oh oui ! Souvenir inoubliable !) Il a toujours raconté qu'il revenait du bal, qu’il était tombé avec sa pétrolette et qu'il avait engané une borne...Qu'il revenait du bal, c'était la franche vérité. Mais pour la borne, ce n'était pas vrai. C'était pas une borne qu'il avait rencontré : c'était moi ! Parce qu'il avait laissé entendre qu'il pouvait avoir sa chance avec vous et peut-être même un peu plus et que je ne pouvais pas laisser passer ces histoires de barjaire trop encigalé ! (bavard pris de vin)." J'ai commis l’erreur d’éclater de rire et évidemment j'en ai pris aussitôt "pour mon grade" parce que "Mildiou ! Y'a pas de quoi rire ! Vous auriez préféré que je le laisse vous faire passer pour une cagole? Si vous n'étiez pas si loin, que je vous ficherais encore une raclée avec mon séden..." Essayez ! Même de près, té !
J'en apprend toujours par bribes sur ses "exploits". La dernière fois où je suis revenue au pais, nous avons quand même eu le temps de participer à une abrivado (taureaux escortés par une formation de gardian dans les rues du village) dans une manade amie. Les arènes camarguaises sont toujours joyeuses, contrairement aux sanglants jeux espagnols. Au risque d'en faire hurler certain(e)s d'horreur, j'aime bien. Parce que la vedette, c'est toujours le taureau, qu'on le respecte et qu'on l'aime.
Pendant l'abrivado, un gardian est tombé avec son cheval (aucun mal ni pour l'un ni pour l'autre). Alors que j'attendais quand même que cheval et cavalier soient réunis, Francés s'est écroulé sur la crinière de son Boumian, il riait comme pas possible. "Vous tournez fada, dites?"
Il m'a rafraîchi la mémoire (entre deux éclats de rire). Autrefois, nous recevions au mas, chez mon oncle, un charmant jeune homme des Hauts-de-Seine qui s'était pris d'amour pour la Camargue. Dès qu'il avait un W.E., il nous rejoignait. Il s'était offert un cheval Camargue magnifique (en pension chez nous) et aussi le costume qui allait avec. Pas un de gardian d'opérette : un vrai ! Et il tenait à participer aux abrivado. Jamais pu tenir à cheval. A chaque fois, il la terminait à pied (au mieux), et toujours en clopinant ou le bras en écharpe. Mais il n'en démordait pas. C'en devenait touchant...
Puis il s'est mis en tête de trouver chaussure à son pied au pais. Et au mas, il pensait avoir trouvé exactement celle qu'il lui fallait. Il était gentil, adorable, prévenant, toutes les qualités...mais non ! Mon coeur était ailleurs, déjà. Un peu agacée de le voir me courir aux basques, j'ai fini par lui dire, en plaisanterie "D'accord, Laurent...Si vous terminez l'abrivado à cheval...Je vous épouse." Vu ses antécédents, je ne risquais pas grand-chose...Du moins, je le croyais. Parce que cette fois-là, j'ignore comment il a fait, il est arrivé à cheval ! ...Couché sur l'encolure, c'est entendu, mais en selle. Il entendait déjà résonner la marche nuptiale à ses oreilles. (et moi une marche funèbre !)..Quand son cheval a envoyé une reguignado (ruade) pas possible, Laurent a descavala (démonté) comme jamais...Et j'ai échappé in extremis à un "mariage de promesse".**
Et plus de vingt ans après, j'ai eu le fin mot de l'histoire. " On s'est demandé comment un cheval aussi gentil avait pu reguigna ainsi, sans raison...Il y avait une raison. La rumeur a couru qu'un gardian de chez nous avait donné, au bon moment, un brave coup de trident au bon endroit...Comme je suis cachous (discret), je vous dirai pas qui c'est. Mais c'est la franche vérité....Il paraît aussi que si vous aviez su qui c'était, vous l'auriez remercié, le gardian. Là aussi, je peux vous éclairer, et même vous rassurer : remercié, il l'était déjà, ma belle..." Comme quoi on finit toujours par tout savoir ! Eh bé, gramaci, moun gardian, même un peu tard....
**L'année suivante, Laurent est venu nous présenter une fiancée AOC Val-de-Marne. Et il a renoncé à 'équitation parce qu'elle avait peur des chevaux : elle lui a probablement sauvé la vie..
Un affreux doute m'étreint: Laurent, le petit Parisien, le Mouriègues...Sont-ce ses seules victimes ? Pour le Parisien, ça doit faire longtemps (sinon jamais) qu'il ne s'est pas vu attribuer le joli vocable de "gandoun" (galopin), eu égard au fait qu'il a une grande année de moins que mon renaïre (raleur). Plutôt flatteur pour lui, finalement...
Et comme la coquetterie n'est pas l'apanage des femmes...Tiens, le téléphone ? Ca faisait longtemps….Francés ? Ca faisait encore plus longtemps : au moins une heure…« Dites, juste pour vous demander… » Aïaïaïe…Je le connais par cœur, et au son de sa voix, je sens que quelque chose ne va pas. « Mon fils…Il vous aurait pas envoyé quelque chose ? » Pas que je sache. « Un petit bout de film… » Ah bon ? Je n’ai pas vérifié ma messagerie, je vais le faire. « Oui, effectivement, un message de Pascal… » « EFFACEZ-LE ! » Pas la peine de hurler ! Evidemment, rien que cette injonction me donne une furieuse envie d’ouvrir l’envoi de Pascalou. Je tape frénétiquement pour ouvrir ma messagerie.
Oh merveille, Pascal a eu la bonne idée de filmer les jeux de gardian dans je ne sais quelle arène. Et il m’envoie la participation de son père au « jeu du bouquet »** J’admire (sans parti pris aucun, si si !) l’aisance avec laquelle il fait volter son Boumian et passe au travers de ses poursuivants. Il s’offre même la bonne manière de narguer les attaquants en leur passant le bouquet sous le nez…Je manque aussi de prendre un brave coup de sang quand il se fait bousculer sans ménagement ! Pitié, laissez-le moi ! Et entier de préférence. Il termine sa prestation par un tour de piste au grand galop, avant de pratiquement sauter de sa selle pour aller embrasser la chatouno (au jugé, 14/15 ans, ça me convient parfaitement) qui lui avait remis le bouquet. Applaudissements nourris, le triomphe est complet…Je ne vois pas ce qui aurait pu justifier que j’efface ce morceau de bravoure sans en profiter. Je suis fière de lui et je le lui dis. Me répond une bordée de jurons typiquement « gardian », que si je les comprends j’éviterai de les transcrire et encore bien davantage de les traduire, par pure correction. « ….Mildiou ! Il n’en rate pas une, mon maufasènt (malfaisant) de fils…. » ????????????? Je ne vois pas en quoi Pascal a mérité cette appellation ? « Vous avez pas écouté ? » Si, mais rien n’a choqué mes tympans, on applaudit, c’est plutôt flatteur, et même dans « les honneurs », pas la moindre fausse note. Je repasse la video par acquit de conscience et là, « Fiat lux ! » Le commentateur, saisi par l’enthousiasme et le délire verbal, lance dans son micro « Regardez avec quelle aisance il mène son cheval…Il les passe tous….C'est pas la peine d'être nombreux...Ils savent pas y faire…Et c'est le plus âgé...Le plus âgé... C’est le plus âgé de tous… »
Voilà donc ce que je ne devais absolument pas entendre. « Pas la peine de dire mon âge, mildiou… » Mais il ne le dit pas, votre âge. Et même dans les jeux des gardianoun, il y en a toujours un qui est « le plus âgé ». Pas de quoi faire tout ce pastis ! « Vouèï…mais c’était pas la peine de vous le dire à vous… » Re- ?????????????????? Dites, vous n’allez pas me rejouer la « Partie de Carte » de «Marius » à la sauce camarguaise?
César : « Mais enfin, Félix, tout le monde le sait que tu es cocu…» Escartefigue : « Monsieur Brun ne le savait pas… » César : « C’est lui que me l’a dit ! »
« Mais Boun Dièu ! qu’est-ce que ça peut vous faire ? Votre âge, ce n’est pas de tantôt que je le sais. Je le sais même mieux que personne. Il me dérangeait pas hier, il me dérange pas aujourd’hui et il me dérangera pas davantage demain. Pas la peine de vous dévarier pour ça. Je vous aime pour vous, Francés, pas pour le millésime ! » Et alors avec son admirable (et légendaire) mauvaise foi « Peut-être…Mais C’ÉTAIT QUAND MÊME PAS LA PEINE DE VOUS LE RAPPELER ! »
Bîîîîîîîîîpppp….Mais il m’a encore raccroché au nez !
**Le jeu du bouquet : un gardian tient en main un bouquet de fleurs, remis par une jeune fille. Il doit défendre le bouquet contre le reste des gardian qui veulent le lui enlever. S’il y parvient, il vient rendre le bouquet à la jeune fille et a droit à un baiser en récompense.. |
|  | | Melany Flamme du forum.


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 | |  | | Cigale Petite flamme.


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 | Sujet: Re: Amours en Camargue Jeu 2 Juin 2011 - 21:12 | |
| Il pouvait bien se douter que je ne me marierais pas de toutes façons, mais rien que d'imaginer, il a foncé. Comme il le fait toujours. Mais j'y suis habituée, et ça ne m'a jamais vraiment dérangé...Ca me faisait plutôt sourire. |
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